26 novembre 2006

Lambeaux, de Charles Juliet

Le sol de la Salle Lautréamont, cette petite cave où tout incite au murmure et à la confidence, est jonché de curieuses petites boites bleues qui, à y regarder de plus près, figurent des maisonnettes. D’autres éléments du décor sont plus difficilement identifiables. D’un même bleu intense, ils ressemblent l’un à un étal de boucherie, l’autre à un plan incliné sur lequel au lavoir du village nos arrière-grand-mères essoraient leur linge à coups de battoirs. Les spectateurs repoussés par ce dispositif qui mange l’espace sont contraints de s’entasser sur trois rangs. Une comédienne aux beaux traits énergiques s’encadre dans la voûte du fond . Dès ses premiers mots le fait qu’elle soit sonorisée l’isole, nous la rend inaccessible tandis que le récit d’une existence campagnarde presque rassurante se transforme en aventure mélodramatique et cruelle. Charles Juliet nous raconte ou plutôt recompose l’existence de cette mère qu’il n’a pas connue et qui est morte de faim dans un hôpital psychiatrique. Elle y avait été internée à la suite de troubles mentaux qu’on jugerait soignables de nos jours si tant est qu’ils aient été avérés. Anne de Boissy dont les gestes sont comme chorégraphiés, est le double de l’auteur et reprend la narration à son compte. Elle dit la descente aux enfers de cette femme flouée, évoquée dans un style précis et accessible ; on est fasciné par les détails rélévant tout un petit monde que nous avons côtoyé dans les romans de l’époque. Parfois poétisant, il coincide pourtant trop souvent avec celui des faits divers relatés par les journaux du moment. Les amis d’enfance d’Elle, puis le garçon qu’elle aima, celui qu’elle épousa, ses enfants, ses voisins, cousins, famille, tous sont là, mais aucun ne l’empêchera d’être happée par le vide. « Tu n’as pas le temps de te consacrer à ta vie intérieure » : Tel est le constat désespéré de son fils, l’auteur. La comédienne à la diction impeccable fait si bien exister chaque mot, chaque image que cela confine à la performance. Une musique subtile et des éclairages aussi sophistiqués que la scènographie et la mise en scène soulignent le tout. Cependant l’émotion n’est pas souvent au rendez-vous. Le récit n’en finit pas de s’étirer, quant au pathos final, il est difficilement soutenable.
Maison de la Poésie jusqu’au 22 décembre, mercredi et samedi à 19h, jeudi et vendredi à 20h30, dimanche à 17h . réservations : 01 44 54 53 00