05 novembre 2006

Le cardinal d'Espagne, de Montherlant

L’accueil détestable fait à l’oeuvre lors de sa création , les répresentations à la Comédie Française ayant été interrompues par des étudiants décida Montherlant à se remettre au roman. Le sujet de la pièce est simple. Le Cardinal Cisneros, ancien moine franciscain, grand Inquisiteur ne vit que pour Dieu et l’Espagne où il exerce la régence au nom du futur Charles Quint, agé de dix sept ans, qui réside en Flandres. La mère de ce dernier, la reine Jeanne, véritable héritière du trône a été destituée, car elle a perdu la raison . Au départ l’auteur montre le Cardinal face aux gentilshommes de la cour à qui il inspire une méfiance goguenarde et à peine respectueuse tant il paraît imbu de sa personne plus encore que de sa mission. S’il répète qu’il tend à la sainteté, ceux-ci constatent que l’exercice du pouvoir lui a fait perdre de sa lucidité. Seul son neveu, Don Luis, éprouve pour lui une affection bien naturelle. Apparaît la reine démente entourée de ses dames. Seule face au Cardinal elle évoque l’amour charnel qui l’unissait à son époux : c’est sa perte qui l’a conduite à la folie. Son comportement est insoutenable de véhémence, mais des éclairs d’une lucidité féroce traversent son discours. Lorsqu’après avoir tenu tête au Régent qui tente de la contenir ou de la raisonner, pantelante, elle quitte la scène, on est sur que le vieillard reconnaît en elle quelqu’un de sa propre trempe. Il a pour elle une sorte d’admiration tout en éprouvant du mépris pour la passion à laquelle elle s’est livrée et qui la rend aussi méprisable que tant de ses consoeurs selon Montherlant. Elle ne reparaîtra plus. La troisième partie nous fait assister à la déchéance du cardinal. L’infant qui a décidé de venir mettre de l’ordre dans ses affaires espagnoles fait parvenir à Don Luis la nouvelle de son arrivée. Pressentant des évènements qui lui seront funestes, Cisneros en proie a une attaque tombe à terre. Les courtisans ne soupçonnant pas qu’elle est simulée dévoilent leurs véritables sentiments pour lui. Il se relève pour recevoir très vite l’ordre de se préparer à abandonner ses fonctions. Il meurt alors et c’est la fin logique mais abrupte d’une pièce à la trame limpide mettant en scène deux personnages considérables jusqu’à en devenir monstrueux. Cependant c’ est avant tout une méditation, pour ne pas dire une succession de considérations sur le pouvoir infligée par un homme bavard et comparable en cela à l’Alvaro du Maître de Santiago ou au Ferrante de la Reine Morte. Le sarcastique « Il n’y a pas de pouvoir, il y a l’abus de pouvoir, rien d’autre. » voudrait n’admettre aucune réplique, mais ne convainc pas. Les comédiens dans des seconds rôles servent cette œuvre ambitieuse de façon irréprochable. Dans celui écrasant de Cisneros Roland Monod est glacial et péremptoire à souhait. Analia Perego est une Jeanne La Folle sensuelle, pathétique et ensorcelante ; sa prestation est à couper le souffle.Théâtre du Nord Ouest, jusqu’au 31 décembre, dates et réservations : 01 47 70