02 novembre 2006

Le Chant du chien, de Zwy Milshtein

Le genre de soirée qui tient à la fois du cauchemar et du rêve pour le spectateur qui en émerge. Un petit cauchemar, parce qu’il a l’envie pressante d’arquepincer le premier quidam sur le trottoir et de l’objurguer, pour son bien, de courir au théâtre voir le spectacle de l’année, et d’y emmener un wagon d’amis. Mais interrogé par le passant il se trouve subitement dans l’incapacité de lui raconter ne serait-ce que le début de l’histoire, voire même de lui dire en gros ce dont il s’agit. Il se râcle la cervelle pour trouver à quoi il peut comparer ce qu’il vient de voir aucun titre ne clignote sur l’écran. A part le jubilatoire Violon sur le toit où tout est dithyrambique, démesuré, la joie, la peine, les effusions, les libations, où ça chante, ça virevolte, ça aime la vie coûte que coûte et où il est question de …mais de quoi déjà ? Le spectateur s’épuise une fois encore. Donc, au départ il y a six comédiens qui prétendent être un seul chien, puis un autre qui est à quatre pattes et… Il s’éponge le front mais, hourrah ! tout est devenu rêve : il remonte le cours de ce qui lui a donné l’impression d’avoir été confisqué et claquemuré dans un shaker, puis l’a caressé dans le sens du poil d’un chien de plus en plus énigmatique, dont il sait seulement qu’il bénit le ciel de l’avoir fait chanter au lieu d’aboyer. Notez qu’il aurait pu brandir son excellent programme et expliquer: tout est écrit là, il s’agit de l’initiation d’un certain Boris « sorte de Faust, vendant son âme au diable et volant les âmes des autres » qui est Polonais ou Moldave ou les deux… est-ce qu’il n’y aurait pas des jumeaux dans le coup ? mais pourquoi cet homme et cette femme se roulent-ils par terre, qu’est ce qui va encore sortir de ce coffre ? Ciel ! ils sont treize en scène et comme ils se demènent… et l’acrobate, regardez, regardez ! Bon, il est question de Goulag, « la Bible de mon temps ça s’appellait le Capital » Bien sûr, on a saisi le contexte, la dérision et le pied de nez à l’histoire. Pouce. Sachez qu’il y a à Paris une troupe de comédiens électriques et électrisants dans une mise en scène d’une inventivité de chaque seconde signée Valéry Dekowski. Ils ont décidé de vous convier à faire un plongeon dans l’univers déjanté et métaphysique de Zwy Milshtein, peintre, dessinateur, graveur et écrivain contemporain. Et vous n’en sortirez pas indemnes. A propos, l’individu au cou de qui le spectateur en surchauffe se jettait l’autre jour rue Broca, était assis à votre gauche à l’Espace Rachi hier soir. C’est lui qui s’est mis à trépigner aux saluts, lui et les trois rangs devant et derrière ; ses copains apparemment.
Espace Rachi, du lundi au samedi à 20h45, dimanche à 15h30. Relâche, renseignements et réservations : 01 42 17 10 38