05 novembre 2006

Lectures de Montherlant

Le Fichier parisien, de Montherlant
Lectures par Philippe Seurin
La vingtaine de lectures accompagnant l’Intégrale des pièces de l’auteur constitue un joli contrepoint à l’œuvre théâtrale que l’équipe du Nord-Ouest nous fait revisiter cette saison. Elles ont pour vocation de nous rendre l’auteur plus proche que ne l’ont fait ses romans.
Une démarche pédagogique incitant ceux qui désirent faire découvrir Montherlant à leurs amis devrait avoir pour priorité la fréquentation de ces soirées conviviales. Toute appréhension envers le dramaturge et romancier dont la posture a été si souvent qualifiée d’arrogante s’y dissipe ; gommé le côté cassant, cinglant, caustique du raisonneur qui déraisonne pour se donner une fois encore raison. Amputée des paradoxes et aphorismes asphyxiants dont il raffole, la prose de ses essais est débarassée des contraintes que l’écrivain ne cessait de se fixer au risque d’une certaine lourdeur et d’un déparage vers une banalité incongrue et de piètre aloi.
La lecture d’une sélection de textes tirés du Fichier parisien* a donné lieu à quatre soirées, plus une dernière intitulée florilège dont la réalisation a été confiée à Philippe Seurin, comédien et poète*. Montherlant dit la cité, ses rues, ses restaurants, ses squares, ses bibliothèques, ses églises et tous les repères de l’homme de lettres qui y devient un autre Piéton de Paris*, pas vraiment flâneur, mais citadin fasciné par la marque qu’ont laissée les hommes admirables qui l’ont bâtie, y ont vécu et plus particulièrement ses prédecesseurs en littérature. Il y traque la beauté autant qu’une évidente hideur qui lui semble grotesque et toutes les indécences que le Créateur y tolère. Il s’interroge sur les raisons d’une telle mesquinerie. Mais il aime les êtres et les animaux qu’il y croise ou côtoie. Un chapitre aussi singulier que touchant, inclus dans ses essais et intitulé Diarium Juvenale [ extraits ] est dédié aux enfants. Il se compose d’anecdotes et de bribes d’interviews de petits garçons et de fillettes consignées par l’auteur intrigué jouant les reporters. Dans la lumière Philippe Seurin s’est levé de sa chaise, il arpente la scène, feuillets en main, ébauche un sourire intérieur. Il arque les sourcils, sa voix aux inflexions feutrées comme celles d’un adolescent refusant qu’on remarque sa mue récente, marche sur la pointe des mots comme dans un rêve léger. Il reprend le parcours exigeant de l’auteur sur un ton rassurant , fraternel. Il a choisi de clore la lecture de son Fichier par quelques lignes du chapitre XXI ( En revenant de la Bibilothéque nationale) de l’ouvrage qui en comporte vingt-quatre. Il s’intitule : Prière pour l’approche de la mort, composée dans la nuit du 24 au 25 janvier 1955 et débute ainsi : « Divinité, si tu existes, mais sûrement tu n’existes pas, divinité, sous quelque nom qu’on t’adore, je te remercie… » Suit une liste de remerciements et de demandes : « Je te demande de me donner encore la raison, afin que par elle j’approuve dans tous ses moments ce que la nature va faire de moi. J’aurais à remercier pour d’autres choses, mais je ne vois rien d’autre à demander. » Sa gorge se noue peut-être mais ce sont les yeux des spectateurs qui s’embuent.
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* Henry de Montherlant, Le Fichier parisien, 1952, réédité en 1970
* Philippe Seurin, Mots-maux, 2003 (Le Temps des Cerises)
* Léon-Paul Fargue, (1876-1947) Le Piéton de Paris 1939

Lectures de Montherlant au Théâtre du Nord-Ouest, jusqu’au 31 décembre, dates et réservations : 01 47 70 32 75