09 novembre 2006

Salades d'amour, par Claire Vidoni et Marc Vyseur

Salades d’amour, dialogues de la Nouvelle Vague et chansons,
par Claire Vidoni et Marc Wyseur
Normalement personne
A moins d’être malade
Ainsi ne déraisonne
Au milieu des salades
Est-ce lui ou elle qui sermonne un partenaire en amour ayant beaucoup à se reprocher, avant de se remettre à lui balancer des bordées d’injures où traînent des relents de morues ou de maquereaux pas vraiment de la dernière marée? C’est sur cette « Mémère dans les orties » signée Juliette que se termine la vraie-fausse scène de ménage de ce couple de pas tout-à-fait- encore-futurs ex. Entre chamailleries et petits accès d’humeur, ce spectacle est une séquence succulente et roborative de textes, poèmes et chansons contemporains de la nouvelle vague : Rohmer, Truffaut et les autres. D’accord, les amoureux à la Peynet qui se bécotent sur les bancs publics de Brassens ça n’est pas eux . Ils seraient même plutôt d’accord avec lui : 95 fois sur 100 la femme s’emmerde en… Elle peut même être une ‘emmerderesse’, ou une Pauvre Lola à la Gainsbourg. Misogynie, soit, mais lui non plus n’a pas le beau rôle, ce type sans états d’âme qui ré-endosse son veston après avoir avoué à sa partenaire qu’il rentre chez sa femme. Ou encore qu’il trompe l’une ou l’autre mais qu’après plus ou moins mûre réflexion c’est l’autre ou l’une qu’il choisirait pour… C’est la même chose pour elle ? Arrêt sur image, retour au plan précédent . Récapitulons. Donc moi ou toi au bras d’un autre, je séduis quelqu’un que je n’aime pas et on se rejoue la scène. Est-elle devenue un poil plus amère ou au contraire vont-ils se tomber dans les bras ? Ce serait du Je t’aime-moi non plus si on n’entendait pas un certain Dépit amoureux ou une Double Inconstance en écho. Effectivement, pour assaisonner leurs salades ils n’ont pleuré ni le vinaigre, ni le jus de citron, ou même la moutarde. Mais Claire Vidoni et Marc Vyseur sont comédiens et s’ils chantent à ravir, ils ont de la gratitude envers les auteurs dramatiques qu’ils ont joués. Sur le plateau seul un écran pour diapos ramenées de vacances fait référence au septième art. Avec leur confident indispensable Jérôme Damien au piano et sous les très jolies lumières changeantes de Marie-Hélène Pinon, Javanaise incitant, ils se seront aimés le temps non pas d’une chanson mais d’une heure-et-quelque d’airs, sketches et musiques de films d’une fraîcheur réconfortante, tous comptes faits.
Théâtre Essaïon, jusqu’au 19 décembre et les 8 et 9 janvier, les lundis et mardis à 21h30. Réservations : 01 42 78 46 42