04 novembre 2006

Schopenauer et moi, de Norbert Saffar

Schopenhauer et moi, de et par Norbert Saffar
Découvrir un humoriste qui revêt sur scène la double casquette d’auteur et d’interprête est une jolie aventure. S’il a derrière lui une expérience de comédien au service d’auteurs dramatiques majeurs, on imagine le culot nécessaire pour décider de leur emboiter le pas, même en toute modestie. Mais mettre un terme à une carrière professionnelle enviable pour faire l’artiste, cela devient de l’héroïsme. C’est pourtant le cas de Norbert Saffar, ex- ‘très bon’ dentiste, comme nous le certifie sa mini-biographie. Courage et obstination ne font pas défaut au personnage. Non plus que l’esprit d’observation, un sens de la dérision ordinaire, en plus d’une vraie sollicitude pour ceux qui souffrent de quelconque manière. Mais il est devenu l’unique objet d’une compassion qui constitue le fonds de commerce de son spectacle. En six sketches mis en espace de façon rudimentaire, il déballe entre autres les exaspérations de l’homme harcelé par les exigences de ses patientes, du fisc ou des banquiers, les tentations aussi inévitables que culpabilisantes du mâle, jusque là mari et père irrréprochables, soudain mis en présence d’une créature en ‘pull-over’ (une certaine retenue l’empêche de s’étendre sur le sujet). Il éructe devant l’inconduite de sa propre moitié qui amourachée d’un hidalgo lui rend la monnaie de sa pièce, mais suffoque aussi à la lecture des indignités et des menaces planétaires qui sont le menu quotidien des médias. On en vient à se demander si sa propre névrose n’est pas plus grave que celles qu’il dénonce laborieusement. Tentant de se maintenir la tête hors de l’eau, il est devenu accro à la peinture et squatte la salle Drouot en quête d’une acquisition, même exorbitante, qui le valoriserait à ses propres yeux. Il partirait bien aussi avec sa légitime pour une île paradisiaque, en quête de sagesse. Justement à ce sujet il a récupéré Schopenhauer, compulsé ses œuvres dont il cite des bribes, un coup pour souligner la mysogynie et le défaitisme indécrottables de celui dont le nom aguiche sur l’affiche, un autre pour louer sa sagacité. On ne sait plus si Saffar se situe à la remorque du philosophe ou dans le cortège de ses détracteurs. Il semble que lui non plus. A ce stade on lui conseillerait de reprendre un de ses chers lexomil. Cela calmerait le débit à la mitraillette du comédien qui nous fait part de ses accablements d’une manière si morne qu’on a vu des spectateurs bailler pour beaucoup moins. Peu crédible quand il mime maladroitement l’homme qui a bu, il joue tout au premier degré sans la moindre distanciation. Aucune indignation, aucune amorce de révolte, aucun ébahissement ne sont sous-jascents à ses propos. Qu’il geigne ou pérore, même si ce qu’il dit est en général fort pertinent, tout tombe à plat. Dommage.Une direction d’acteur rigoureuse et un travail ponctuel de reformulation de ses sketches seraient-ils suffisants pour que l’on puisse envisager de recommander un pareil spectacle ?
Les Déchargeurs, du mardi au samedi à 20h. Réservations : 0 892 70 12 28