07 novembre 2006

Sentires, flamenco sous influences

Sentires, flamenco sous influences, de et par Maria Inès Sadras, Karine Gonzalez, Macarena Vergara, Raquel Gomez
La scène vide est flanquée à droite et à gauche de deux panneaux immaculés qui semblent attendre qu’on y inscrive ce qui ne l’a jamais été. La musique déferle; une bande-son mais pourquoi pas ? D’entre ces deux pages vierges, sous les lumières mordantes, surgissent quatre femmes. Au détour d’un tourbillon leurs robes aux volants multiples laissent entrevoir la sveltesse parfaite des corps. Leurs cheveux dénoués et les airs sur lesquels elles évoluent, dont certains sont fameux, convoquent les pays du centre de l’Europe par lesquels avant d’atteindre les rives de la Méditerranée et de l’Atlantique des populations venues de l’Inde ont transité. Vous êtes prisonniers de sortilèges et comme ‘sous influences’ à en perdre la notion du temps. Le premier à agir est une séquence tzigane chorégraphiée pour ses camarades et elle-même par Maria-Inès Sadras. Elle nous fait entrer dans un monde de Passion confrontée à la raison, où le rythme et les sons se font musique et danse, comme au corps défendant de celles qui s’y livrent. Sentires se déroule en quatre temps qui s’enchaînent, soit quatre versions dues à chacune des danseuses et chorégraphiées avec une habileté rare, presque sophistiquée, à coup de géométries et de ruptures d’architectures. Cela ressemble aussi à un enchaînement de scènes où des relations passionnelles, voire des rivalités se tissent entre ces femmes. Au terme du périple on ne tente plus de donner une définition inutile et devenue inopérante du mode flamenco. La deuxième partie prend la première en relais ; les costumes sont d’une couleur sourde ; c’est vers les terres qui firent partie de l’ancien royaume de Perse que Karine Gonzalez nous emmène. Son Racines et exil ravive le souvenir de communautés où la danse des femmes, rituel chargé de sens, est vécue de façon peut-être plus sombre mais non moins violente. Sensibilité et féminité, c’est ainsi que Macarena Vergara a sous-titré la troisième partie. Les robes sont devenues couleur sang et le bandonéon, les rythmes de rumba et de tango sont de la fête. Le flamenco classique espagnol a été rebaptisé L’amitié et l’amour par Raquel Gomez à qui l’on doit l’idée originale du spectacle. Il fonctionne non pas comme une joute entre les interprêtes, mais comme une partition en quatre mouvements dont certains se recoupent presque, mais qui reste incantatoire tout du long. Les musiques éclaboussent tout de leur lumière et les éclairages sont une partition à eux seuls. Les panneaux blancs se sont transformés en écrans, derrière eux les silhouettes des danseuses se démuplient jusqu’à devenir seize ombres chinoises. La magie savamment dosée de la mise en scène signée par Thomas Le Douarec opère. Confrontés à elle les mots requis pour la décrire deviennent bien pâles. Après avoir été donné au Théâtre Trévise en 2005 Sentires vient d’emballer le public d’Avignon en juillet dernier. Il se donne jusqu’au 31 décembre.
Vingtième Théâtre, du mercredi au samedi à 20 h, dimanche à 15 h réservations : 01 43 66 01 13