13 novembre 2006

Tenue de soirée, de Bertrand Blier

On connaissait la carrière du film qui avait mis le public cul par-dessus tête pour ne pas dire sur le cul. C’était il y a vingt ans, et l’idée de tirer du scénario de Bertrand Blier une version théâtrale émoustille. Cela va constituer un test pour les sensibilités, car ce qui avait été qualifié de ‘scabreux’ par les effarouchés de l’époque, s’il était créé aujourd’hui donnerait une telle impression de déjà vu, qu’on aurait envie de bailler. Question histoires d’hétéros amenés à virer leur cuti, définitivement ou non, par des énergumènes-initiateurs aux motivations douteuses, avouez qu’on a donné. Quant aux exhibitions et aux partouzes à trois, le cinéma, le petitécran et les vidéos ont gavés les amateurs. Mais on se souvient d’Antoine amoureux de sa femme Monique laquelle, rayon partenaires, a un casier chargé, et on se rappelle aussi qu’elle lui casse les pieds pour qu’il ramène de la thune à la maison. Bob est l’ex-taulard qu’il intronise dans le couple pour leur inculquer les techniques de base du braquage . La première invraisemblance que le jeu des comédiens se doit de balayer est le fait que la fragilité émotionnelle et la nostalgie de l’enfance perdue d’Antoine le pleurnichard attendrissent Bob. Si celui-ci après avoir peloté Monique itérativement coince Antoine dès qu’elle a le dos tourné puis carrément en sa présence, ç’est en fait parce qu’il veut avoir la primeur de son fondement dont la vue le met en rut. Les deux copains finiront par se mettre en ménage. Bob se révélant être l’ordure qu’on pressentait, Antoine connaîtra alors la jalousie. On zappe quelques péripéties bien ficelées avec des relents de vaudeville un poil nauséabond et le trio se retrouve sur le trottoir, Monique tapinant et les deux autres idem, version travelos . L’adaptation a gardé le côté blessé des protagonistes et le clin d’oeil tendre que l’auteur leur adresse. Dans un décor qui n’en est pas, sur fond de musiques généralement irrévérentieuses, seuls les changements de garnitures du lit et de la table entre lesquels la vie des paumés se circonscrit, indiquent le lieu et le temps. Xavier Berlioz, Arnaud Lesimple et Michel Melki tous plus que crédibles se démènent avec une belle énergie. Célia Granier-Deferre est époustouflante en grande panthère et Duduche larmoyante. Ses rires en cascades et ses gloussements sont efficaces par ce qu’incoercibles et contagieux, ils soulignent la véritable dérision du tout. A force d’être explicites le propos et ses illustrations sont devenus anecdotiques. Un quart d’heure après le lever du rideau une escouade de septuagénaires fourvoyées a bruyament deserté le premier rang, faisant pouffer l’assistance. On se demande si ça n’est pas un intermède prévu au programme ; mais leurs congénères du troisième rang sont soulagées, elles vont pouvoir arrêter de se dévisser le cou pour voir jusqu’où ils iront sur scène, s’ils ne font que mimer, ou bien… Dommage que la décence oblige la direction à insister sur le fait que le spectacle s’adresse à des adultes. Il serait peut-être aussi salutaire pour les juniors d’aller se gargariser de ces obscénités à peine intempestives plutôt que de se rincer l’œil en loucedé devant les pornographies tristounettes de DVD bon marché.
Théâtre Rive Gauche, du lundi au jeudi à 18h30, vendredi et dimanche à18h. Réservations : 01 43 35 32 31