01 novembre 2006

Un incompris, de Montherlant

Ecrit pour servir de lever de rideau à Fils de Personne ; c’est du Montherlant pur jus.
Un acte, quatre scènes et un argument simplet : excédé par le manque de ponctualité de son amoureuse aux rendez-vous donnés dans sa garçonnière, Bruno, blanc-bec de 22 ans, fait le serment que si la belle arrive en retard ce jour-là, ce sera la dernière fois, il rompra . Il le dit à Pierre, son confident, il le fera... L’ami tente de le raisonner puis feint de s’apitoyer : « Pauvre vieux, tu es un incompris » quand l’amoureux bourreau de lui-même décide de sacrifier celle qu’il aime à un devoir de ponctualité érigé en précepte fondamental, en article de credo. Ce garant de la bonne courtoisie devient symbole d’altruisme, pourquoi pas de générosité? On suspecte la sincérité autant que le bon-sens du rodomont qui surenchérit à coup de : « Qu’est-ce qu’avoir raison en amour ? » « Tout amour est une servitude » « Jamais un homme n’a fait ce que je fais ». Le je t’aime et je te quitte, écho d’un invitus invitam est ici parodique. Quant à la jeune fille aimée, elle se prénomme Rosette comme la paysanne simplette tragiquement flouée par le Perdican d’On ne badine pas avec l’amour. Des gamineries qui tournent court ou plutôt du réchauffé, mais c’est alerte et drôle. Pierre finit par lancer à Bruno un sentencieux: « Tu est lié à elle (Rosette) par le mal que tu lui as fait ». Lionel Fernandez qui met en scène la pièce très adroitement a voulu un Brumo exaspéré à la limite de l’hystérie ; Face à une Rosette lisse et délectable, apparemment inentamée par la mauvaise foi ou la forfanterie de celui qui dit l’aimer. Elle pique quand même sa petite crise de nerfs après quelques larmes. Allongés sur le tapis, il y aura eu entre eux quelques jolis épanchements. Comme si Bruno voulait encore une fois se persuader que "c’était bien ça" prenant un infini plaisir à vérifier la qualité des sensations que la jeune fille fait monter en lui avant d’y renoncer. Pierre est souriant et goguenard à souhait. « Nous verrons » dernière réplique de Bruno, synonyme d’incertitude quant à sa conduite future, selon Montherlant, résonne comme un défi qu’on aurait aimé voir relever par l’auteur dans une comédie prolongeant ou servant d’épilogue à ce divertissement.
Théâtre du Nord Ouest, jusqu’au 31 décembre. Dates et réservations : 01 47 70 32 75