29 décembre 2006

Chapeau, de Herman van Veen

Chapeau, spectacle musical de et par Herman van Veen, avec Edith Leerkes
La salle Gaveau n’a pas été conçue pour héberger des revues, ainsi que le donne à penser l’orgue qui domine le plateau. Si Herman van Veen ne joue pas de cet instrument dans le Chapeau, quelque chose de magnifique et de puissant se dégage cependant de son spectacle. Pianiste, violoniste, violoncelliste, chanteur, conteur, humoriste, amuseur pour cirque, mais surtout véritable humaniste, il fait un usage somptueux et nullement égoïste des talents qu’il a reçus et développés avec opiniâtreté et passion. Ce surdoué est devenu un artiste complet qui sait et aime tout faire sur scène. Le voyage qu’il propose commence par une évocation chantée d’Amsterdam. A peine a-t-on eu le temps de s’attendrir qu’on est piégé par un certain aspect terre à terre de nos voisins Flamands qui semblent éperdus de reconnaissance envers la simplicité des choses. Ils aiment les objets commodes, privilégient un mode d’existence douillet alors qu’au dehors le vent du nord les cerne, les défie, régit leur existence à chaque instant. Ils le chargent de leurs rêves, de leurs angoisses, l’associant au magique ou au sacré. Herman van Veen l’invoque, il a comme hérité de son souffle. Après avoir chanté la maison, la famille, des péripéties douloureuses et la mort d’êtres aimés, il se laisse aller a de petites truculences inopinées, nous adresse des propos crus puis, reprenant son élan, empoigne ses instruments accompagné ou précédé à la guitare par Edith Leerkes. Musicienne ébouriffante, elle salue en passant ses maîtres classiques bien-aimés, fait des incursions dans des domaines tzigane ou celtique, rejointe avec enthousiasme par son partenaire. Dans un numéro invraisemblable, il incarne par exemple une diva qui se meurt clamant « il m’a poignardée », puis immédiatement devient le ténor qui commente la scène à l’aide d’un « il l’a poignardée » aussi déchirant. Il enchaîne avec les chœurs reprenant magistralement l’air ; et une fois encore l’ardeur avec laquelle il se remet à faire chanter son violon ou les autres instruments, galvanise l’auditoire. Faux pataud mais vrai pitre, il assaisonne ses séquences musicales de tours de passe-passe dignes d’un prestidigitateur, ébahissant et comblant tous ceux qu’intrigait une réputation confirmée hors de France. Debout, ils lui témoignent leur gratitude pour une soirée qui fera date cet hiver.
Chapeau est en tournée; consulter: www.hermanvanveen.com