30 décembre 2006

Feu la mère de Madame, de Feydeau

De nombreuses compagnies nous resservent périodiquement cette œuvre culte, histoire une fois encore de nous faire assister plus réjouis que navrés à la prise de bec entre Yvonne et Lucien, petit ménage venant de célébrer ses noces de cuir après deux ans de mariage.
Ce que son mari fait de conjugalement incorrect selon la jeune femme est l’occasion d’algarades. « Je ne te fais pas de scène, je constate » glapit-elle à l’adresse de son conjoint, soulignant ainsi combien elle est lucide. Jugez-en : à quatre heures du matin il rentre piteux et trempé d’une soirée entre copains, costumé en Louis XIV. Il a oublié sa clef et doit réveiller sa femme. Il n’y aurait pas de quoi en faire un drame de nos jours où Pascal Guignard, le metteur en scène, a transposé l’action. Même l’épisode où l’existence de belle-maman ne relève plus du cauchemar puisqu’on annonce sa disparition prématurée (ce sont des choses qui arrivent ), tout fonctionne. Houspillé, Lucien l’époux, Sacha Pétronijevic, se défend mollement, en prend presque son parti, s’endort même quand Yvonne, Pauline de Meurville, débite ses vachardises. Il rit en douce quand elle ne le voit pas : elle voulait sa scène, elle l’a. Un couple classique, somme toute. Les dettes du ménage sont évaluées en euros, les taxis ont remplacé les fiacres, à peine s’étonne-t-on si, selon une coutume digne du siècle avant-dernier, ils ont une domestique affublée, qui plus est, d’un accent alsacien caricatural. Mais en choisissant pour jouer cette Annette, gourde pleurnicharde, une comédienne qui a l’âge de leur grand-mère, le metteur en scène a un peu acidifié la sauce. L’œuvre donnée dans un théâtre de poche avec une scène de même gabarit, il n’y a pas installé le lit déplorable et intempestif autour duquel les indications de l’auteur faisaient tout tourner. La coulisse devient le lieu-bis où se déroulent les évènements, et les répliques s’échangent à la cantonnade. Les comédiens empruntent le couloir central de la salle où ils s’installent comme chez eux. Le tout donnant une impression de naturel, le travail sous-jascent et minutieux de l’équipe n’en est que plus remarquable. Des silences installant une atmosphère de malaise on est à deux doigts parfois de partager une amorce d’attendrissement chez le couple. Mais la seconde d’après leurs mots vengeurs nous font jubiler. Les pan-pan-pan dans le noir du début ont causé un certain froid et le feu qui figure dans le titre est absent de la cheminée où Lucien tente de se réchauffer. La petite cruauté insidieuse de Feydeau, servie avec justesse par les comédiens,est fascinante. Sacha Pétronijevic dans le rôle du garçon sympathique qu’on soupçonne à peine de désirs d’émancipation, est excellent. Pauline de Meurville est lasse, puis incisive, de mauvaise foi, exaspérée, toujours avec la même énergie. Monique Darpy est exemplaire en servante trottinante, habituée à être rudoyée, néanmoins capable de réparties sidérantes. CédricVillenave est le voisin gaffeur, instrument ahuri du destin pour vaudeville de qualité. Une très jolie réussite.
Théâtre de l’Aktéon, jusqu’au 6 janvier, du mercredi au samedi à 20h.
Réservations : 01 43 38 74 61