13 décembre 2006

FiniFini, de Damien Bouvet

FiniFini, de et par Damien Bouvet
Le personnage qui arpente la scène en traînant les pieds est-il un naufragé volontaire sur une île engloutie ? Il a peut-être, au contraire, accepté les règles d’un jeu dont la consigne est de survivre dans le local poubelle d’un grand ensemble encombré d’objets mal intentionnés et qui ont disjoncté. Damien Bouvet veut faire exploser les cloisons de la raison rationnalisante, analogisante, disséquante ; à nous de le suivre dans sa démarche parfaitement loufoque mais existentielle. C’est vrai qu’il a des allures de professeur Tournesol, de savants Cosinus ou Faust et autres bidouilleurs de génie. Mais ses connexions avec les humains sont confisquées aussitôt qu’établies, tout concourant à la frustration ou en découlant. Elle est le dénominateur commun de son minuscule univers, pourtant organisé en grande partie par lui-même. Quant au monde extérieur il tente d’y pénétrer ou d’en sortir avec l’acharnement d’un maçon qui monte un mur dont chaque pierre une fois posée s’écroule narquoisement. Chuintements, claquements, bruits de matières froissées, phrases qui n’arrivent pas au bout de leur énonciation, sonnerie aux morts et sons de trompes de chasse, voix qui semble émerger d’un tunnel, accordéon qui soupire voluptueusement ou pleurniche : ces sons omniprésents, rarement là où il faut, quand il faut, sont confisqués comme tout le reste. Des kilomètres de cables éléctriques sillonnent la scène, symboles d’un confort consensuel auquel, bien sûr, le clown-pestidigitateur refuse de se laisser aller. Il manipule une tête de mort avec la tendresse d’une nounou, redouble pour elle de soins comme on le ferait pour un prématuré, mais lui décroche la machoire. Elle devient un simple bulbe puis un ballon de fête et se dégonfle. Il l’avait entre temps transpercée à l’aide de baguettes chinoises. Il se fait encore la dégaine d’une Marilyn dont les colliers, à peine enfilés, crachent piteusement leurs perles. La star arbore une bedaine de femme enceinte, des mamelles effarantes, mais des appendices protubérants émergent d’habits qui sont comme des secondes peaux. S’en détachent des touffes de duvet, la matière semble se préparer une revanche où s’épancher dans une langue étrangère. Dans un caddie de super-marché devenu taureau de corrida, il plante des banderilles, le caddie tournoie frénétiquement sur lui-même et se disloque. La scène est finalement jonchée de débris, paillettes et confettis. Une voix nasillarde sortant d’un haut-parleur : « Et dans quelques instants l’ouverture du spectacle ». La fin est dans la foulée. On entend des hoquets de rire dans la salle. Le spectacle grise à force de déranger.
Théâtre Paris-Villette, jusqu’au 23 décembre, mardi, jeudi et vendredi à 21h, lundi, mercredi et samedi à 19h30. Réservations : 01 44 64 79 70