01 décembre 2006

Gaff Aff de M.Zimmermann et D. de Perrot

Gaff Aff, de Martin Zimmermann et Dimitri de Perrot
Il y a des spectacles longs dont on sort étonné de constater qu’on n’a pas vu le temps passer.
Il en est d’autres, courts, dont on se dit avec ravissement qu’ils viennent de réinventer le temps, son épaisseur et ses mystères, au point qu’il ne ‘plombera’ plus nos existences. C’est le cas de Gaff Aff . Tenter de le définir comme un spectacle musique-cirque-danse : on est encre loin du compte.
Planté à la droite du plateau un technicien affairé manipule du matériel-son ; il est peut-être régisseur de théâtre ou D J ; il ne lève surtout pas les yeux de ses platines. Le spectateur tourne les siens vers le plateau dont le sol a l’allure d’un 33 tours aux dimensions explosées. A l’arrière-plan des cloisons-paravents en carton, cette matière rêche, inhospitalière et surtout pas première, qu’on utilise pour emballer des objets fragiles ou précieux. Un de ces panneaux s’anime, tourne sur lui-même, traverse la scène, une main en sort puis un escogriffe au visage parfaitement inexpressif et au corps noueux d’acrobate. Il rajuste sa chemise blanche, la réinstalle dans son pantalon noir, tous deux trop vastes, se met à courir derrière son attaché-case lequel une fois posé à terre est devenu autonome et tourne en sens inverse du sien. L’homme a pris le contrepied de la réalité, remet tout en question tandis que la table de sons du complice laisse échapper des vibrations, des stridences et des musiques fragmentées ou hétéroclites. Les platines qu’il fait obstinément tourner crissent comme pour se venger, mais de quoi ? Il s’asseoit, déballe d’un carton un matériel électronique ; il est avide comme un gosse aux prises avec son cadeau de Noël. Son collègue a mis en branle les éléments de la cartonaille, les trouant, les découpant l’un après l’autre. Les paravents qu’il a empoignés pour les aligner face au public se sont couverts de silhouettes qui sont ses clones, des lumières vertes clignotent au lointain mimant des gratte-ciels. Devenu frénétique mais n’émettant que des borborygmes, l’énergumène ré-arpente sa plaque tournante, dépèce ses cartons, en extrait des figurines rigolottes qu’il convertit en sièges où il ne s’asseoira surtout pas, s’accroupissant plutôt à côté d’elles. Les deux compères étant Suisses allemands, on se rappelle les calendriers de l’Avent destinés aux enfants obnubilés par Noël qu’on fait patienter en ouvrant jour après jour une fenêtre pré-découpée qui libère une figurine ou une friandise. Ils ont aussi été inventés pour conjurer les mauvais sorts , le froid et la nuit de l’hiver qui tombe si vite. Et l’on cesse de penser, tout est à la fois limpide et brouillé. Les cartons ont fait leur temps, la mystification a pris un tour métaphysique et s’en va vers un terme improbable. Des salves de joie vous ont secoué mais vous ne vous souvenez plus quand. Après coup, cartésiens que nous sommes, on se sent en danger d’intellectualiser le souvenir de ce spectacle dont les mots et repères ont été bannis pour que chacun y trouve ce qu’il ne cherchait peut-être plus. Martin Zimmermann est le manipulateur-manipulé qui fait tout déraper. Dimitri de Perrot est le faux technicien mais le vrai musicien qui rend tout possible. Et ce tout-là est au
Théâtre Artistic Athévains, jusqu’au 30 décembre, mardi 20h, mercredi, jeudi 19h, vendredi, samedi 20h30, dimanche 16h . Réservations : 01 43 56 38 32