24 décembre 2006

Histoires, nouvelles, fables et autres racontars...

Histoires, nouvelles, fables et autre racontars pour voix et violoncelle
Avec Pierre Baux voix, et Vincent Courtois violoncelle.
Il y a deux ans Gilles Zaepfell demandait à un comédien à l’aura de magnétiseur et à son compère violoncelliste vertigineux, de dialoguer à partir de Contes de Grimm dits par le premier, le second réagissant sur son instrument au gré de sa fantaisie habituelle. Zaepffel avait à cœur de ravir son public de l’Atelier du Plateau où dès qu’on y pénètre on a l’impression d’être accueilli en ami plutôt qu’en invité ou simple spectateur. Le résultat fut un feu d’artifice d’où l’on émergeait béat, sifflotant et larmoyant de joie. A sa disparition son équipe a pris la relève et « Les Contes de Grimm-suite et fin » ont été un délice. Cette saison Hans Christian Andersen, Alphonse Daudet, Conan Doyle, Carlo Collodi, Dino Buzatti, La Fontaine, Kafka, Jorge Luis Borgès et Roal Dalh succèdent aux frères Grimm, alternant avec Edgar Allan Poe. Ses Histoires Grotesques et Sérieuses donnent l’occasion aux deux emberlificoteurs de vous embarquer dans des récits à faire délirer et planer. Le lieu, d’une hauteur de plafond singulière, comporte un mur du fond tapissé à l’infini de livres dont la houle semble finir de s’apaiser sur les étagères. Un escalier en colimaçon permet d’y accèder et le comédien s’éleve un temps avant de descendre rejoindre les spectateurs sur leurs sièges posés sur des marées de tapis. Sans même donner son regard, tout son corps impliqué dans la lecture, le comédien ferait avouer à ceux qui tenaient l’auteur de l’Ange du bizarre pour un poète à la maniaquerie formelle et aux hantises morbides, que c’est d’abord un mystificateur. Pour rendre plus vrai l’un des personnages de son conte Pierre Baux adopte un accent tudesque à se décrocher la mâchoire, peinant sur les mots jusqu’à transpirer. Le musicien fait cavalier seul ou semble désapprouver ce qui se dit. Il nous raconte une aventure plus sensuelle encore, caresse voluptueusement ses cordes avec l’archet qu’il abandonne à l’épisode suivant, nous gratifiant de sonorités de guitare. Sa musique fait du sur place, s’évade, folâtre, rêve, ronfle, trépigne, miaule. Devenue in-maîtrisable, elle s’hispanise, valse, s’époumone et se tait alors qu’on ne s’y attendait plus. Le musicien arbore une moue de pince-sans-rire surtout pas concerné. Le vertige vous laisse pantois. Etes-vous dégrisé ? : Poe affiche une sollicitude désopilante, quant au comédien, il a une jolie lueur dans les yeux qu’il baisse car il a déjà enchaîné avec un conte fantasmagorique. Les soirées que proposent Pierre Baux et Vincent Courtois ont quelquechose d’autant plus rare et précieux qu’en rendre compte est une tâche dont il serait téméraire de dire qu’on en est à la hauteur.
L’Atelier du Plateau, jusqu’au 31 décembre à 20h30 (relâche les 24 et 26 décembre).
Réservations : 01 42 41 28 22