10 décembre 2006

Hors-Jeu, de Catherine Benhamou

Il n’y a pas besoin de connaître son Beckett sur le bout des doigts pour comprendre dès le coup d’envoi que la jeune femme qui apparaît derrière une fine grille pour cage de zoo est comédienne de son état et qu’elle a joué le rôle de Nell, la mère décatie et radoteuse de Fin de partie. Son vieil époux sortant de la poubelle d’en face constate vite que, reléguée dans la sienne, elle y est ‘définitivement’morte. Sur un large écran des séquences hideuses sont censées représenter les scènes-clefs de la pièce originale. Elles traduisent probablement la perception qu’en a Catherine Benhamou ou la manière dont elle-même la monterait . Ou alors est-ce son subconscient que le film met en images à coup de petits réglements de comptes avec celui dont elle est devenue l’émule, puisque la voilà auteur et reconnue ? Ses rapports avec le dramaturge sont aussi tendus qu’ambigus. Lui ayant fait débiter des commentaires sentencieux et peu amènes sur ses interprêtes en général, elle l’appelle à la rescousse, faisant mine d’espèrer qu’il lui regonflera le moral . Il y aurait de quoi, vu le rôle frustrant dont elle a hérité, mais elle avait signé son engagement. Elle ressasse le mot poubelle pour que nous percevions un symbolisme analogue à celui du couloir jaune et morbide cité plus loin. A l’intérieur de la sienne, à l’aide du stylo qu’elle a eu l’astuce d’emmener, elle tue le temps de la représentation en écrivant sa propre histoire. Justement sa mère vient de disparaître : de là à parler de la mort et à devenir métaphysique. Quelques bribes de jolis souvenirs nous font revenir à une enfance idyllique, même si ça et là des figures inquiétantes et des évènements sinistres s’y sont insérés. Après quoi elle reprend son monologue : on en était où déja ? Pour donner l’idée d’une urgence, elle s’affaire, déplace et fait coulisser de plus en plus nerveusement les panneaux qui délimitent sa poubelle. Cela donne un ballet aux figures systématiques censé faire de la scènographie un festival de trouvailles distrayant. En principe les comédiens sont des auteurs dramatiques ayant le sens des situations, de la progression dramatique et de ce qui chez eux ne rime jamais avec conversation à bâtons rompus, non plus qu’avec bavardage. Pourtant très vite, ici, on se demande combien de penalties, de tirs au but ou de prolongations il faudra pour que le score final fasse état d’un nul ‘concédé’ par la scène face à la salle, ou l’inverse. Le texte de Catherine Benhamou est par moments drôlatique, mais c’est souvent de comique involontaire qu’il s’agit, tant sa partition qui se veut touchante rend flagrantes les limites du genre consistant à décréter : « Je vous livre ça tout à trac, c’est sincère, c’est auhentique, c’est moi, et puis il paraît que j’ai un joli brin de plume, alors… »
Théâtre de l’Atalante, jusqu’au 10 janvier , du lundi au samedi à 20h30, dimanche à 17 h. Réservations : 01 46 06 11 90