19 décembre 2006

La guerre civile, de Montherlant

On imagine que le jeune Montherlant utilisa ses soldats de plomb pour réaliser ses premières stratégies mais que, collégien chez les Bons Pères à Neuilly, il a tout appris de celles que lui ont fait vivre par procuration les versions latines, cours d’histoire ancienne ou encore fréquentation de nos classiques, Corneille et sa Mort de Pompée, probablement. On le suppose enflammé par les affrontement et les hauts faits de ces potentats, tyrans ou traîtres et on n’est pas surpris que l’une de ses dernières pièces soit une nouvelle mouture de l’épisode qui opposa deux super-héros: Pompée et César. Il nous le retrace sous forme de feuilleton historique haletant, avec prologue et épilogue. Il y est question de « deux partis qui se valent », de principes de gouvernement , de nécessité de la rébellion, d’alliances, trahisons, tergiversations, plans à long terme mais revus et corrigés, crises de conscience et tous rebondissements qu’une urgence vraie ou imaginaire déclenche en temps de crise. Sont évoqués les « forces mauvaises », « les dieux qui trahissent les hommes » et la hantise de la mort. Le pitoyable y côtoie le pathétique, le sous humain le trop humain, le courage la lâcheté. On y vibre à l’évocation de la prise de Rome et des conquêtes de César. Caton le philosophe vêtu de noir expose les doutes qui le rongent et les grands principes structurant sa pensée. Pompée le tribun en habit blanc pérore mais galvanise ses troupes. Avec un réalisme digne d’un certain cinéma américain les soldats en tenues camouflées sont des brutes plus ou moins épaisses. Le langage ‘viril’que l’auteur leur fait utiliser est ici en deça de leur grossièreté. Ils ont des rires gras, boivent, fument, braillent, crachent, se jettent bouteilles et autres projectiles à la tête, se défient, sortent leurs couteaux , braquent leurs armes à feu les uns sur les autres, apparaissent maculés de sang. On se poignarde sur scène. Pompée le belliqueux soudain perd pied, panique, se confie à son fils, larmoie dans ses bras et opère le revirement qui lui sera fatal. On ne coupe pas aux maximes, mots sublimes et phrases n’admettant pas de réplique qu’affectionne l’auteur. Mais dans un pareil contexte elles sont de mise : « autant vaut l’homme, autant vaut la dictature » « on aime César pour le mal qu’il n’a pas fait ». « J’ai autre chose à faire que de m’occuper de ma vie », « j’ai accepté la honte de survivre » confie Pompée, mais un autre personnage s’entend dire « tu es né avec une tête d’orage ». A tout cela le metteur en scène Laurent Pitigliano a imposé un rythme salutaire, et ses onze comédiens se donnent à fond . Yves Jouffroy est un Caton nuancé et poignant. Antoine Tomé est un Pompée à la faconde et l’énergie superbes.
Théâtre du Nord-Ouest , dates et réservations : 01 47 70 32 75