24 décembre 2006

L'embroc, de Montherlant

Un jeune homme volubile prend le public à témoin : pour lui l’existence semble inenvisageable sans la pratique du sport ; il en a lui-même une bonne expérience. Les dangers qui guettent ceux qui s’y adonnent sont liés à l’instinct destructeur qu’il implique, métamorphose ou transcende. Sans l’arrivée d’un très jeune homme, muet, en simple maillot et short blanc, le monologue, accompagné à la guitare par des airs évoquant un road movie, prendrait l’allure d’un poème dramatique. On comprend que le sport peut être vu comme une métaphore de l’existence, laquelle exige que l’homme se batte contre lui-même. Elle alterne ici avec des méditations sur le rôle qui échoit au corps, aux sens. L’auteur aime le répéter : ce sont les seuls qui « ne trompent pas ». Suivent des récits où le personnage sur scène moins performant que quelques années plus tôt avoue se sentir comme laissé sur le bord de la route. Des descriptions de compétitions et d’entraînement à la course dans un stade donnent du rythme à la narration qui inclue des passages dignes des notes de l’auteur du Fichier Parisien et des Olympiques. Après quelques apparitions en ombres chinoises derrière une toile blanche, le deuxième personnage intervient et la pièce devient une confrontation, comme les aime Montherlant, entre deux personnages qu’un sentiment très fort a liés ou lie encore. S’étant soutenus au sein de la même équipe et ayant communié dans l’amour de la même discipline, la reconnaissance qu’ils se doivent, vite évoquée, est suivie par l’aveu du désir de se séparer. Ils poursuivront des chemins se côtoyant sans se rejoindre. « Il y a un monde autre part » comme dit Shakespeare, cité alors. Après dispute et quelques cris le reste ressemble à nouveau à une méditation sur le sport qui s’amplifie et se teinte d’amertume. Elle nous vaut de très beaux passages où le monde environnant est pris à témoin, la mort évoquée, ainsi que certaines peurs pour ceux qu’on aime. Entre-temps le jeune homme du début s’est à son tour transformé en ombre chinoise, ses gestes sont devenus pathétiques, c’est tout ce qu’il reste de lui . Son camarade vient à l’avant-scène et dans une jolie lumière, met son sac de sport en bandoulière, puis s’apprête à quitter la scène. « Le stade n’est plus que silence et solitude ». Pour ce spectacle plus onirique et poétique que ceux faisant partie de L’Intégrale Montherlant Isabelle Desalos a opté pour une mise en scène aérée qui privilégie les images. Ses jeunes comédiens Brice Montagne et Jonathan Salmon touchants parce qu’apparemment désarmés sont d’une sincérité et d’une sobriété parfaites.
Théâtre du Nord-Ouest, les 27 et 30 décembre à 19 h. Réservations : 01 47 70 32 75