05 décembre 2006

Paris martyrisé mais Paris libéré, Ch.Marchewska

Paris martyrisé mais Paris libéré, mise en scène Christiane Marchewska.
Avec Christiane Marchewska, Elodie Nadaud, Elise Rouby et Loïc Audureau à l’accordéon.

Vous avez traversé la cour des Invalides, levé les yeux vers ses façades resplendissantes de grâce et de majesté. Vous êtes encore sous le coup de cette beauté vraie parce qu’elle exalte sans intimider. Mais c’est à une cérémonie sans façon que vous êtes convié dans l’aile du Musée de l’Armée consacrée aux deux guerres mondiales. Un musée c’est l’aboutissement d’une démarche patiente qui doit être aussi intelligente que minutieuse. Tout doit y être dosé plutôt que spectaculaire. Et c’est bien ce qui a présidé à l’élaboration de ce montage de poèmes, discours, saynètes, chants et chansons. Ils sont liés par le récit que font trois femmes, comédiennes et chanteuses accompagnées d’ un musicien, partenaire à part entière, jouant d’un accordéon qui a souvent les accents de l’orgue.
L’équipe nous escorte où nous précède dans l’enfilade de salles aux vitrines peuplées d’uniformes, d’armes, de tableaux, de photos, d’affiches. L’aînée des quatre camarades accueille le public et se souvient pour lui. Elle égrène les dates-repères des conflits puis devient un personnage plus révolté qu’accablé par les douleurs des hommes au front. Celles des citoyens restés dans la capitale n’est pas moindre. Non plus que celles des poètes, leurs frères, qui souffrent avec eux et pour eux. Le démarrage est volontairement lent, des chansons préludant au tout. La Rose de la Rue Saint Vincent, et la Madelon répondent à l’appel. La Chanson de Craonne, It’s a long way to Tiperary sont entonnés, suivis de la Marche de la 2ème DB, Maréchal nous voilà et J’attendrai tous aussi poignants à des annés de distance.Ils font revivre ceux dont le souvenir nous enveloppe. Les deux jeunes femmes évoquent les Parisiens et les Parisiennes dont les existences sont confisquées par l’occupant. D’abord enjouées et comme affriolées par l’arrivée des soldats étrangers elles ne s’affolent pas encore devant les privations et la détresse qui les entourent. Elles font comme si la vie continuait même si, dès1940, l’une d’elles plutôt écervelée, se laisse aller à collaborer avec l’ennemi. Quelques phares au détour d’un panneau se braquent sur les acteurs donnant plus d’intensité à ce qui en a déja tant. Un discours à grandes envolées de Victor Hugo constitue un temps fort en avance d’une guerre sur l’Histoire. Un poème fameux de Paul Eluard fait trembler la capitale de froid et de faim . Louis Aragon est présent aux côtés de « Celui qui croyait au ciel et celui qui n’y croyait pas ». Suivent les noms des résistants célèbres et de ceux tombés à la Libération dans les rues où une plaque porte leur nom . Au cri de « Jean Moulin est mort » les comédiens nous entraînent au pied d’un dernier escalier conduisant en un lieu où résonne le discours prononcé par Malraux lors du transfert des cendres du grand Résistant au Panthéon. Il précède celui du 25 août 1944 du Général De Gaulle. Les cris de triomphe sont suivis d’une invitation des comédiens à danser de joie comme on le fit alors.
Cette promenade dans l’histoire de notre capitale manifeste la très grande sensibilité de sa réalisatrice en même temps que de belles qualités pédagogiques
Musée de l’Armée-Hôtel national des Invalides, jusqu’au 21 décembre. Jeudi à 20h, samedi à 17h et 20h, dimanche à 19h30, réservations : 01 47 12 13 75