30 avril 2006

Il est toujours en retard, Monsieur Jean, de P. Aufrey

En attendant qu’un client célèbre arrive au restaurant qu’il fréquente assidûment, le maître d’hôtel évoque son œuvre, la cite, la récite, la commente pour l’édification d’une serveuse au bagage littéraire limité mais dont la bonhomie et le franc-parler sont sans bornes. Entreprise cocasse ou savoureuse si les personnages étaient autre chose que des prétextes, pour que Monsieur Georges (Pierre Aufrey), étale sa culture, sa connaissance de la vie de l’auteur et ses qualités de pédagogue, et pour qu’Odile (Isabelle Guiard) débite des calembours et des formulations bancales affligeants, destinés à faire pouffer le bourgeois. Monsieur Jean, bien sûr, c’est La Fontaine et il n’arrivera pas, tout au plus l’entendra-t on à la fin siffloter en coulisse. De dépit Monsieur Georges boira un coup peut-être en trop. Voilà pour le menu. Grace à la situation de départ Pierre Aufrey a évité les pièges du simple montage de fables, ces fleurons et porte-drapeaux officiels de notre culture, mais aussi parcours obligé dès la maternelle, voire la crèche et dont il paraît qu’un potache normal doit vite faire une surdose. Les expliciter, les ré-activer est une chose louable et nous faire rire est salutaire. Mais ces petites merveilles de finesse et d’élégance, une fois leur portée et leur morale soulignées, surlignées à l’infini, deviennent indigestes. Et le choix d’affubler Odile d’un cocktail d’accents locaux à la fois suisse (plutôt région de Neuchâtel), canadien, berrichono-nivernais, ne contribue pas à alléger le tout. Que dire encore du parti-pris qui fait osciller le spectacle entre prestation pour cabaret et pour café-théâtre douteux, les comédiens descendant dans la salle, sous le prétexte plutôt aimable, il est vrai, de faire goûter le vin à un monsieur au premier rang ? Sur l’écran, au dessus de la scène, des projections qui se veulent rigolottes, ne sont qu’un clin d’œil appuyé de plus. Une musique bien choisie, des chansons agréables, et le cadre ravissant de ce petit théâtre suffisent-ils pour donner envie d’aller voir ce spectacle ?

Théâtre Le Ranelagh, du mardi au samedi à 21 h, dimanche à 17h, jusqu’au 28 mai. Relâche le 12 mai. Téléphone : 01 42 88 64 44 et 08 92 70 77 05.

29 avril 2006

A court de forme, textes d'auteurs variés

Textes de Maxime Pecheteau, Diogène Laërce, Georges Bataille, Heiner Müller, entre autres, joués par une demie-douzaine de troupes.

La formule est souple et attrayante: chaque soir on découvre un enchaînement de textes dits « formes courtes » dont les quatre premiers sont les mêmes, mais le suivant varie chaque semaine. Une démarche semblable fédère des troupes dont les univers, cousinant au départ, ont vite fonctionné en symbiose, d’où la cohérence et l’impact du spectacle. Cette semaine il démarre avec No logo, création de Maxime Pecheteau. Un jeune homme, authentique fils de pub, cerné par ce monstre tentaculaire, aspiré par les images qu’il absorbe, tente de les recycler, l’art revendiquant sa légitimité. Il mouille la chemise, son analyse et son discours percutent. Sur un plateau volontairement nu, déferlent ensuite comédiens, metteurs en scène, régisseurs, ou ceux qui jouent à l’être, ils changent le décor, font basculer les accessoires. La mystification est plus que jamais la métaphore du théâtre. Les Monstres philosophiques d’après Diogène Laërce fonctionnent paradoxalement: les discours de Diogène le Cynique, Héraclite et la clique sont d’une rationnalité insoutenable, on a l’impression d’être en cours de philo, face à ce prof rasoir à qui on faisait des pieds de nez, pour ne pas dire pire, dans le dos. Mais ces Grecs se dé-drapent plus souvent qu’ils ne se drapent, l’ambiance est priapique, ça dérape. On rit. Là où le rire se fige, c’est quand débarque Le Mort, d’après Georges Bataille, dont les écrits ont fait béer d’aise et titiller vos arrière-grands parents avant l’avènement des films ad-hoc. Les corps nus et superbes de la femme et de ses partenaires masculins ne deviendront jamais synonymes d’érotisme, quant au sujet très mince… soyons charitables, faisons le mort. L’Espèce Humaine de Robert Antelme, récit troublant et vrai questionnement, est devenu un gag. Des comédiens baillonnés en donnent une extrait inaudible, la compagnie qui le montait s’étant vu refuser les droits d’auteur à la veille de jouer. Mais, là encore, tout est cohérent, puis que c’est d’incohérence qu’il s’agit. La Sainte Famille d’Heiner Müller est joyeusement impie, farcesque, grossière sans être vulgaire, parce qu’une réflexion la maintient en orbite: Hitler (qu’un comédien fait coïncider avec sa version chaplinesque du Dictateur) et son pitoyable microcosme sont éliminables par un certain rire. Ouf ! Les lumières et les musiques sont vigoureuses et une équipe de dix-huit comédiens efficaces communique son enthousisame et son allègresse à la salle.

L’Etoile du Nord, jusqu’au 19 mai, du mardi au vendredi à 20h30.
Téléphone : 01 42 26 47 47. Pour les ateliers, attractions, expositions et concerts qui font partie d’A Court de Forme: www.etoiledunord-theatre.com.

27 avril 2006

Lybert en concert

Il a choisi d’être accompagné par des musiciennes caribéennes qui toutes trois ont du tempérament et du talent à revendre. Isabelle Duclain aux claviers dirige avec maestria Nathanza aux percussions, toutes deux ont des voix prenantes, et la jeune et déjà très professionnelle Xéphora Gareau-Demarray est à la guitare basse. Sous cette escorte constituée par des fées-marraines, vraies bonnes camarades, Lybert est chez lui, et c’est ce que sent d’abord son public. Il est aussi désarmant de simplicité que pertinent dans sa démarche, qui est de se raconter à travers ce qu’il aime, qu’il aime moins, ce à quoi il croit ou croirait. Il le chante avec sa voix moelleuse. Loin d’être un crooner, et peu importe s’il s’adonne au jazz, au groove, à la bossa nova (avec un bonheur égal), c’est de vrais textes et de bonnes musiques qu’il s’agit, pas de prestations tendance, braillardes, nombrilistes-branchouilles. Il vous offre aussi des standards américains, et là encore, il est authentique. Formé au chant classique c’est avant tout un homme-carrefour, qui accueille et intègre ce qui vient à lui, ce qu’il a été chercher, soit toutes sortes d’ambiances. Il est souriant, rassurant, même quand il fait mine, un instant, de quitter la scène pour mieux y réapparaître. Parenthèse, petit parti pris, péripétie ou stratagème ? De toutes façons on était et on reste sous le charme.

Direction artistique et mise en scène : Nikola Parienty
Théâtre de Nesle, le mercredi à 21 heures. Téléphone: 01 46 34 61 04.

26 avril 2006

Têtes rondes et têtes pointues, de Brecht

Adaptation et mise en scène Philippe Awat.

Votre Mesure pour Mesure shakespearien est en filigrane, avec sa reflexion sur le pouvoir, la justice, mais surtout les privilèges et obligations dévolus à ceux qui les détiennent. Avec, en prime, une jeune femme qui se donne à un dirigeant odieux pour mettre un membre de sa famille à l’abri de toute pression. A propos de la pièce, Brecht énonçait son principe de distanciation, selon lequel, au théâtre, il faut éviter ce qui contribue à l’illusion du réel, les événements anodins étant destinés à devenir insolites et surprenants. Quoi de plus banal, donc, dans les années trente, qu’un racisme émergeant sur fond de lutte de classes programmée même si cela se passe dans un pays imaginaire baptisé Yahoo. Propriétaires terriens contre fermiers fédérés sous l’emblème de la faucille, certains sont d’origine Tchouque avec un crâne rond, les autres sont des Tchiches, crâne pointu, ou est-ce l’inverse ? Voilà pour le contexte. Mais ce que vous êtes conviés à voir est un festival de pied de nez, une farce plus qu’énorme, un authentique divertissement philosophique, mais inrésumable. Si ce n’est que Callas (Florent Guyot, énervé, vibrionesque) a pour accorte fille Nana (Pascale Oudot, qui tient une jolie partie du spectacle à bout de bras et juche son père sur son dos, quand il n’en peut plus d’avoir trop braillé ou bu). Enrôlée par Madame Cornamontis, officiellement patronne de bar, pour ce que vous imaginez, elle a aguiché Monsieur de Guzman, personnage haut placé. Tout dégénère alors impeccablement et se terminera de façon aussi amère que bouffonne. Philippe Awat fait cascader les gags qu’il a fignolés pour ses neuf comédiens. Rendus méconnaissables par des demi-masques travestissant nez et pommettes, ce sont trente personnages, les femmes jouant aussi des rôles d’homme pour notre bonheur. Mention particulière pour deux nonnes un poil hystériques ou coincées, dont la caricature aurait été facile. L’un des multiples atouts du spectacle, outre son rythme et l’énergie qui s’y déploie, est la direction d’acteurs qui donne à chacun sa sphère. Au lointain d’une piste de cirque ils se contorsionnent, clowns illustrant l’action, ou en contrepoint de celle-ci. Pas une minute on ne décroche, ou alors, si peu, au détour du troisième quart de la pièce, quand tout s’est alourdi, systématisé, sur-brechtifié. Mais l’équipe plaidera non coupable, n’est-ce pas ? Et on ne vous a rien dit des musiques, des lumières, des costumes, et autres magies.

Théâtre d’Ivry Antoine Vitez, jusqu’au 21 mai.
Du mardi au samedi à 20h, dimanche à 16h. Téléphone : 01 43 90 11 11

25 avril 2006

Les Années Saint Germain, par Corinne Cousin

Elle traverse la salle, genre tornade, pour aller rejoindre sur scène ses musiciens qui ont déjà mis dans le coup et emballé le public. Chevelure flamboyante, sourire de même, petite robe noire en hommage aux grandes dames de la chanson, ses marraines, elle attaque: « On n’est pas là pour se faire engueuler, on est là pour voir le défilé » Sur la vingtaine de textes dont se compose son spectacle, quatre Boris Vian sont au menu. Normal, son impertinence flirtait avec le génie dans les années bénies d’un certain après-guerre. Mais ils sont tous là: Prévert, Queneau, Desnos, et même Sartre dans sa rue des Blancs Manteaux (quoique rive droite) et ensuite Ferré, Brel, Gainsbourg, Mouloudji, Trénet, Béart, les Frères Jacques. Les chansons qu’elle nous offre en comédienne pas chichiteuse sont aussi des contes. Elle se retourne, fait mine de chercher l’approbation de ses accompagnateurs, lesquels ont décidé de jouer les ronchons blasés, et c’est un sketch d’autant plus drôle qu’ils sont parfaits. Compositeurs, arrangeurs, éclairagiste, elle a carrément choisi les meilleurs. Dans la salle ça fredonne, ça en redemande, parce qu’eux aussi sont tous là: parents, grand parents et gamins. Donc une anthologie, pardon, un must.
Direction artistique et accompagnement: Roland Romanelli, à l’accordéon. Raoul Duflot est au piano. Lumière: Jacques Rouveyrollis.
Théâtre de Nesle, le lundi à 21h15, jusqu’au 3 juillet.
Téléphone: 01 42 64 30 53.

24 avril 2006

Georges Schehadé, le nageur d'un seul amour

"Il y a loin
En Asie joliment longue
Le nageur d’un seul amour »

En 1972 Schehadé terminait ainsi son recueil intitulé Poésies V, et quatre ans avant sa mort, soit en 1985, paraissait Le Nageur d’un seul amour. Lara Bruhl, dont on imagine qu’elle est celle qui «Yeux noirs cheveux noirs/ Et maintenant toutes les beautés de l’ombre / Sur ses épaules» apparaît au poème XIII, a choisi des extraits de pièces et des poèmes de celui qui, après l’Egypte de sa naissance et le Liban de ses ancêtres, n’effectua son premier séjour en Europe qu’à l’âge de 28 ans. Il y avait déjà été salué par les surréalistes, et Eluard. Lara a pour partenaire François Négret qui lui ressemble étrangement, tant il semble, comme elle, découvrir ce qu’il dit à chaque mot, à chaque image, et nous le livre avec une même ferveur âpre. Entre nostalgie, désarroi et cocasserie, l’auteur est à nous, dans l’encens et la brume, entre les vagues, la mer et mort, les oiseaux, les fleurs et l’enfance : « Ô mon enfance ô ma folie». Mais jamais rien qui pèse ou attriste. Des personnages de théâtre visitent son univers, des animaux, des poules, dont le rêve secret est que le renard un jour soit enfermé et prisonnier d’un monastère. Les comédiens n'ont convié que très peu d’objets ou d'accessoires: un tambour dont ils jouent à peine, un chien en peluche plus vrai qu’un vrai, la voile empruntée à un bateau dont ils se couvrent. Tout est d'autant plus chargé de sens et de symbolique. Allongés sur le sol, s’étreignant soudain, relayés par la musique de Mickaël Barre ou interpellés dans la pénombre par une voix off, ils ont si bien fait leur l’espace de la salle Lautréamont où la proximité avec le public est une exigeance des plus hautes, que les spectateurs en ont le souffle court.

Montage du texte et mise en scène: Lara Bruhl
Théâtre Molière, mercredi à 19h, jeudi, vendredi, samedi à 20h30, dimanche à 17h. Téléphone: 01 44 54 53 00. Jusqu’au 21 mai.

Audiberti et fils, textes de Jacques Audiberti

Un fauteuil en osier, une table de jardin, deux-trois chaises pour square et empilées, un porte-manteau et un projecteur ordinaire. Larges lunettes, chapeau et costume noirs, l’homme assis à la table annote un cahier dont il tourne les pages. La gourmandise avec laquelle il manie son stylo suggère un amour de la chose écrite. La parole prend ensuite possession de l’espace. Face à l’écriveur: un jeune homme, chemise et pantalon blancs, pied nus. Selon l’univers audibertien recomposé par Marcel Maréchal, c’est le fils qu’il fait mine de renier, parce que le jeune homme veut rester berger lunaire, amoureux d’une fée, donc indigne de son géniteur, boucher de son état. Première séquence père-fils. Marcel mis en voix, Mathias a contre-attaqué. Selon les poèmes, extraits de pièces, de romans ou d’essais, le propos se précise sur fond de filiation aussi intellectuelle et spirituelle que charnelle, soit celle qui unit Marcel et Audiberti, Marcel et Mathias. Il est vite question de la poésie qui est « au bord de la boxe et du cinéma » et de déchirures. Un dieu peu convaincant se décline en trois: « Le vieux, le pigeon et moi». Soit encore des révoltes salubres, mais, surtout, ligués contre toute malignité qu’ils liquident en douce: les mots. Marcel en est épris tout autant que son auteur, il les enfourche, les tient en laisse, un beau tournis vous gagne. L’interview finale d’Audiberti-Marcel faite par un Mathias plein d’aplomb et de sollicitude est éblouissante et à l’image du spectacle: aucune complaisance ni temps mort. Main dans la main avec Mathias, Marcel, aux saluts, arbore un sourire qui est un cadeau de plus fait au public.

Adaptation et mise en scène de Francois Bourgeat, avec Marcel Maréchal et Mathias Maréchal.
Le Lucernaire, du mardi au samedi à 18h30, jusqu’au 10 juin. Téléphone : 01 45 44 57 34.

20 avril 2006

Le Songe, de Strindberg

En 1928, Antonin Artaud, qui créait le Songe dans le cadre du Théâtre Alfred-Jarry, lança au public, devant le rideau fermé: « La pièce que nous vous présentons se passe en Suède, c’est-à-dire: nulle part ! » L’ambassadeur du pays natal du dramaturge se leva et sortit. Dans cet autre royaume étrange qu’est la salle Laborey au Théâtre du Nord-Ouest, Diane de Segonzac, metteur en scène, est une ambassadrice de Strindberg qu’on ne désertera pas, parce que d’emblée on adhère à sa démarche. Les éclairages superbes signés Baptiste Mallek et Jean-Luc Mingot et la musique inspirante de Frédéric Ligier accueillent le public. Au fil d’un texte aussi pertinent que percutant, on repère les schémas, les anciennes obsessions de l’auteur. Un personnage, parmi les trente qui se côtoient ou se succèdent sur scène, questionne son partenaire : « De quoi as-tu le plus souffert ? » « D’exister » est la réponse. Il est encore question du chagrin qui s’ajoute au chagrin, et de ceux qui voient le mal partout. Mais on assiste à des réconciliations de couples, et à de vraies rencontres d’individus philosophant à tout va, toutes générations et positions sociales confondues. Un monsieur mûr plastronne en uniforme, une dame âgée cause, caressant un châle d’une beauté irréelle posé sur ses genoux. Des messieurs en noir sous leurs couvre-chefs d’universitaires processionnent, un domestique à l’efficacité féroce, une femme âgée classe des dossiers, et commente. Un aveugle avec canne tient un discours qui suspend le temps et d’où il ressort que, comme les autres, il aimerait résoudre l’énigme du monde. Et il y a ces jeunes femmes dont l’une danse à ravir, et cette autre, en robe rouge, qui est Victoria, ou Agnès, peut-être fille du dieu Indra, dépêchée sut terre pour quoi, déjà? Elles illuminent le tout. Notez qu’on ne sait jamais quel est le personnage qui va débarquer et qu’on slalome entre rêve et poésie. « Est-il humain d’aimer les hommes ? », « La mer est salée à cause des larmes des marins ». L’absurde veille: « Une fois un égale un, donc deux fois deux égale deux ». L’arrivée d’un poète très blond précède l’ouverture de la porte centrale qui les a tous fascinés et nargués depuis le début. Aurait-elle dû rester fermée ? « L’amour triomphe de tout, ne touchez pas à l’amour ». Auriez-vous, cette fois-ci encore, reconnu l’auteur de Mademoiselle Julie ou de la Danse de mort ? Simple sous des allures complexes, compliqué sous des dehors lisses, avec une métaphysique sur la pointe des pieds, tel est ce Songe. Les comédiens sont sous le charme du texte et parfaits. Mention spéciale pour la lumineuse Aïcha Finance, qui, dans le même théâtre sera jusqu’en juin, la vibrante Pucelle de Claudel, et sa Jeanne au bûcher.

Théâtre du Nord-Ouest les 24 et 29 avril, les 9,16, 22, 28 et 31 mai, et le 6 juin. Horaires et réservations : 01 47 70 32 75

17 avril 2006

L'école des femmes, de Molière

Après avoir longtemps rêvé de jouer Arnolphe elle est passée à l’acte. Démarche funeste. Coline Serreau n’habite pas le personnage, préférant régler ses comptes avec le machisme bourgeois et consensuel de l’époque. Soit un combat d’extrême arrière-garde. Pire, elle se soucie comme d’une guigne de toucher le spectateur. Le quadragénaire misogyne selon Molière était troublé par la pupille qu’il avait résolu d’épouser. L’attraction entre des êtres qui ne l’ont pas prévue, et ne peuvent ni ne veulent la rationaliser est au cœur de la pièce et Coline l’énonce bien. Mais, fée carabosse, elle se contorsionne, grogne, éructe, en fait des tonnes, et noie presque son personnage comme dans un évier dont elle est prête à lever la bonde. Il surnage sous forme de vague prétexte, de fil de moins en moins conducteur. Le reste est pourtant excellent. Des rideaux somptueux constituent le décor, ils s’effondrent quand les certitudes d’Arnolphe vacillent, on découvre alors d’autres tentures aux couleurs plus tendres, préfigurant l’espoir ou le triomphe de la jeunesse. Les costumes affichent une asymétrie vengeresse. Agnès est une belle plante, à l’aplomb d’enfer, Horace, escogriffe émoustillé, metteur de pieds dans le plat, a la bougeotte, ses camarades également, qui gambadent dans les autres rôles. Les discours longuets, prêchi-prêcha, sont rapés sur un mode bon enfant. Les serviteurs d’Arnolphe sont des chenapans, leurs pieds de nez vachards dans le dos du maître ravissent autant que les bonds vers les cintres du notaire, acrobate de service. Divertissement et ballet dézingué, facétie oblige. La troupe entonne a capella un chant final aux harmonies anciennes. Lycéens et autres publics confondus, le bonheur est dans la salle.

Théâtre de la Madeleine, du mardi au samedi à 21, samedi en matinée à18 h, dimanche à 15 heures. Téléphone : 01 42 65 06 28

15 avril 2006

Dieu n'est pas un saint, d'après Marie Noël

Marie Noël débordait de tant de sollicitudes, qu’un conseiller spirituel lui enjoignit: « Surtout ne tombez pas dans les bonnes œuvres. Vous n’avez qu’une bonne œuvre à faire, la vôtre ». Entendez aussi l’œuvre poétique, dont ces Notes Intimes admirables. Tiraillées entre sa lucidité et son amour du père céleste, elle se décrivait à vingt-cinq ans comme « maladive, gauche et presque laide » Arrière petite-nièce, ou petite-filleule qui la raconterait ou la reprendrait à son compte, Herrade von Meier, fraîche et charmante, ressemble à celle qui était en fait « joyeuse, maligne et gaie ». Elle danse pour célébrer l’esprit de Dieu, ses victoires, l’interpelle, le met crânement en demeure de résoudre les paradoxes et les contradictions dont son enseignement est apparemment pétri : « Si vous aimez les morts pourquoi avez-vous créé la vie ? » Puis la souffrance fait place aux joies de tous les jours, l’amour de la campagne, de la nature, la soif d’amitié. L’humour et la jovialité de la poétesse affleurent au détour de chaque phrase, chaque poème ou récit, avec aussi ce perpétuel étonnement devant la générosité qui a présidé à la création d’un univers pas toujours déchiffrable. La comédienne virevolte, sourit, s’adresse aux spectateurs, se fige un temps, s’assombrit et redevient cette femme attentive « posée au monde, tout au bord », que toute douceur fait fondre, et qui, le temps des douleurs dépassé, va vers « la pleine lumière de Dieu ». L’enchaînement des textes choisis par Herrade et la manière dont elle les investit fascineront ceux qui aiment l’auteur et ceux qui la rencontreront, mais qui s’étaient peut-être demandé pourquoi Dieu ne serait pas un saint : « Parce que le saint c’est quelqu’un qui n’est rien. Mais par ce rien, Dieu passe. »

Montage et interprétation par Herrade von Meier.
Théâtre du Nord-Ouest le 21 avril à 19 h, les 19, 20, 25 mai et les 3, 10 juin à 19h. Le 17 juin à 17h. Téléphone : 01 47 70 32 75

11 avril 2006

Doute, de John Patrick Shanley

En prologue, un sermon où il est question de désespoir qui unit, de solitude qui mène au doute et d’un doute qui réunit. En chaire, le Père Flynn. Il est responsable de la catéchèse et de l’enseignement sportif à l’école catholique Saint-Nicolas tenue par les Sœurs de la Charité, dans le Bronx. Ceci se passe l’année suivant l’assassinat du président Kennedy. Toutes précisions historiques qui sont faites pour relativiser les choses, ou les ré-actualiser, tant le propos de départ n’est même plus ambigu. Vatican II est passé par-là, il faudrait aller vers « une éducation progressiste et une Eglise accueillante ». Maître-mot: la gentillesse. Noir. La lumière remonte, et ça démarre mal. Conversant avec, ou plutôt auscultant sa sœur James, jeune professeur voici Sœur Aloysius, directrice de l’établissement cité plus haut. Antipathique, pleine de fausse sollicitude, auto-satisfaite (mais qui assène: « la satisfaction est un vice »), soupçonneuse à la limite de la paranoïa, elle enchaîne aphorismes sur maximes et traits d’esprit aussi fumeux que péremptoires. « En noir et blanc, nous ressemblons plus à des dominos qu’à autre chose ». "Parfois les choses ne sont pas tout noir ou tout blanc". « Un chien qui mord est un chien qui mord ». On se dit: quel interêt y a t-il à mettre sur scène des personnages malsains, à la limite morbides, qui ne sont que des agents d’une provocation gratuite. L’interrogatoire qu’elle fait subir à son inférieure hiérarchique se double d’un procès d’intention. Le discours est assommant, le style et l’écriture bavards sont pourris par l’obsession du détail qui fera vrai. La pauvre Soeur James est écrabouillée d’emblée, le spectateur est tenté de fuir. Pourquoi reste-t-il ? Par sympathie pour cette fausse-gourde qui verra peut-être clair, sera touchée par la grâce ? On a vite flairé les trucages. La pièce n’a rien à voir avec son titre métaphysique, c’est de soupçons et de ragots qu’il s’agit. La suite est un polar larvé. Comment faire avouer à quelqu’un ce qu’il n’a pas commis ? En mentant, n’est-ce pas, chère Aloysius ? Le père Flynn a-t-il fait boire du vin de messe à son enfant de chœur, Donald, douze ans, l’unique jeune black de l’école, pour en abuser ? La mère du gamin, convoquée au bureau directorial n’est que bon-sens et concentré de clichés aussi rabâchés que ceux de la soeur inquisitrice. La sœur James incriminée car elle n’a pas assez espionné les élèves et le prêtre, pleurniche, envisage même de se révolter. Le Père Flynn fait face aux insinuations, se démonte, est viré de l’école mais promotionne. Aloysius craque à la toute fin: « Lorsqu’on s’attaque au méfait, on s’éloigne de Dieu. Bien sûr qu’il y a un prix à payer ». Lequel ? On s’en fiche, ça fait belle burette qu’on a décroché.

Noémie Dujardin, Thierry Frémont, Dominique Labourier et Félicité Wouassi évoluent dans un décor plus que sobre de Charlie Mangel. Ce sont d’excellents comédiens. La critique est unanimement louangeuse. La pièce a reçu un Prix Pulitzer, et Roman Polanski, le metteur en scène, a eu droit à une standing ovation le soir de la première.

Théâtre Hébertot, du mardi au samedi à 21h, matinées samedi à 18h et dimanche à 16 h. Téléphone : 01 43 87 23 23

10 avril 2006

Rodin, tout le temps que dure le jour... de Françoise Cadol

Amputez le titre du nom qui l’illumine et l’impose, seriez-vous alors la proie d’une certaine lassitude ou au contraire tentés par une bouffée de joie prospective ? Dans l’atelier encombré d’oeuvres achevées ou non, Auguste, cet énergumène, apprivoise le temps. Il sait qu’il est un génie et pourtant n’achèvera pas son projet monumental d’une porte d’enfer à la Dante. Pierre Santini est l’artiste sensuel qui palpe, embrasse ses sculptures et brûle de caresser, d’étreindre la Marie qui pose pour lui. Il l’enjoint de danser, pour libérer son corps pudique de toute gaucherie. La jeune femme décidée, que Françoise Cadol, l’auteur, incarne à ravir, est-elle disponible, offerte ? Son désir d’être l’élève de l’homme qui a perçu sa nature vraie la met mal à l’aise. Et le mensonge qu’elle lui a servi, prétendant être en mesure de payer la commande qu’elle lui a faite de son buste, y est pour quelquechose. Entre le monstre sacré et la disciple à venir s’interpose Rainer Maria Rilke, secrétaire du maître, tourmenté par son propre génie, dont il sent qu’il n’a pas encore donné sa mesure. Il travaille aux Cahiers de Malte Laurids Brigge mais admire à fond l’employeur qui le congédiera abruptement pour une soi-disant indélicatesse. Marie et Rilke ont une jolie complicité, que Rodin ne peut tolérer. Voilà pour la trame de la pièce. Que dire de son écriture superbe ? Françoise, en comédienne, sait ce qu’est une situation de théâtre, et comment faire se surprendre ou se confronter les personnages à un moment où ils ne s’y attendent pas. Elle distribue parfaitement les monologues qui donnent chair et relief aux personnages, et a le toupet de faitre cohabiter des décryptages fulgurants de ce qu’est l’art avec un langage de tous les jours. (En coulisse, la première réplique de Rodin est précédée d’un : « Oh ! Merde ! » ) . Elle a parfaitement cadré sa pièce entre deux voix off de Marie. Soit le prologue daté de 1906 où l’héroïne en effervescence se prépare à sa quatrième séance de pose, et un post-scriptum émouvant qui fait état de la disparition du sculpteur, mort probablement de froid en 1917. Partition méditative et mélodieuse avec violon et piano signée Marc Deschamps. Une vraie équipe sous la direction de Sean Dunbar est responsable du décor réaliste et de ses lumières qui font vibrer et comme parler les bustes et les corps de plâtre ou de glaise. La mise en scène de Christophe Luthringer est toute en rythme et en mouvement. Pierre Santini, à qui le texte a été remis comme en cadeau, roule un peu ses mécaniques. Steve Bedrossian, Rilke, larmoie légèrement, mais un vrai-grand bonheur de théâtre intelligent et sensible est là.

Théâtre Mouffetard, du mardi au samedi à 21 heures, dimanche à 15 heures, jeudi 4 mai à 18h30. Jusqu’au 6 mai. Téléphone : 01 43 31 11 99

08 avril 2006

Eloge du homard, d'Alexandre Vialatte

Le centenaire de la naisssance d’Alexandre, ce sera pour l’année prochaine, mais la compagnie Tête en l’Air met déjà à notre menu une fantaisie qui brandit un crustacé, non pas ébouillanté, ni servi en bisque. Carnaval d’animaux interloquants avec vol de bourdon derrière. Ca a démarrré en trombe. Un escargot voudrait-il épouser une petite fille avec tricycle ? Soit l’homme, son rapport à l’animal, et nos perplexités premières. Fulgurances d’un langage cousinant avec celui de l’Oulipo ou reminiscences de cadavres exquis. Sur scène ils sont trois, plus un parapluie et un chapeau melon refilable à un partenaire auquel une petite claque ne fera pas de mal, de temps en temps, hé-hé ! « Et c’est ainsi qu’Allah est grand ». (Vialatte avait, Dieu merci, traduit Kafka et Nietzsche). Laurent Delpit est un clown perplexe, lèvres pincées, mais yeux pleins d’étoiles. Alison Bignon, votre muse multiple, est plus belle que belle, incisive et drôlatique. Marc Josserand, énigmatique vous prend en ôtage par ce qu’il incarne le propos de l’auteur, soit une formulation de la fonction et de la nature de la poésie. Donc le Cardinal de Richelieu, la Tour Eiffel et quoi encore déjà ? Mettez ça là, on ne va surtout pas le trier. Plus votre homard derechef, le tout tête-bêche, assaisonné de salsifis mélancoliques (certains ratons-laveurs, conscients d’être superfétatoires, se seraient déjà fait la malle). De très jolis tableaux et des lumières superbes. C’est astucieux, roboratif.

Mise en scène de Nicole Hibert et Laurent Delpit.
Aire Falguière, jusqu’au 14 mai. Jeudi, vendredi a 20h30, samedi, dimanche à 17h30. Téléphone : 01 56 58 02 32 et 01 40 43 92 73.

06 avril 2006

A la renverse, de Michel Vinaver

Mise en scène de l’auteur, avec la complicité de Catherine Anne.

Une aire de jeu délimitée par un cercle au sol. Fontaine à eau latérale. Au centre deux tables, à la périphérie trois podiums avec bancs et tables gris-suie. Tout décor élaboré engendrerait une illusion. Vinaver est contre et privilègie la mise « en rythme » de ses personnages. Ils entrent pour s’asseoir parmi les spectateurs. Un jeune homme accomplit des tours de piste générant un tournis nécessaire et commence la saga d’une firme pré-soixante-huitarde qui fabriquait des pommades aux vertus confirmées. Ses perspectives et objectifs se trouvent soudain rajeunis par un chimiste formulateur de produits bronzants. Peau mate soit santé resplendissante. Les fonds manquent pour lancer l’affaire, bref, mais à Cincinnati un malin achète le concept. En contrepoint un interviewer télé suavement apitoyé, recueille semaine après semaine le témoignage de Bénédicte de Bourbon-Beaugency dont l’agonie suit l’évolution de mélanomes causés par son exposition à l’astre-roi. Princesse, ex jet-setter, on lui avait expliqué qu' "il
était bon qu’il y ait des riches pour donner aux pauvres l’envie de sortir de leur pauvreté". Elle a ensuite lu Marx et compris que « le pouvoir durcit les cœurs des gens qui l’excercent ». Sa mort imminente fait plonger la vente des produits solaires. La peau blanche est redevenue la norme en matière d’esthétique. Bronzex licencie. Grèves, occupation de locaux, et enfin reprise par les plus malins de ce qui se mue en coopérative ouvrière, destinée à la commercialisation de produits clones des pommades originelles. Car si la roue tourne, « en tournant elle avance », clame un représentant superbement motivé. Ce qui serait du cynisme brutal chez un auteur vraiment amer, devient chez Vinaver une médecine du genre douce. Sourcil levé, regard aigu, sourire plus amusé que crispé, il raille stratégies mercantiles et asservissement via votre capitalisme ordinaire, toutes choses qu’il connaît trop bien de l’intérieur. Dans l’arène vingt comédiens et comédiennes tous excellents sont les 29 cadres et employés du microcosme. Ils défilent, se succèdent, gesticulent, se coupent la parole, s’interpellent. Conversations privées et interviews excentrées, ils se rejoignent, commentent. En chœur, vigoureusement, ils scandent les mots d’ordre des patrons et les slogans qui raniment l’esprit d’équipe et d’entreprise. Micro-oratorio décapant et jubilatoire, sans l’ombre d’un temps mort. A la fin de cette célébration à allures de pied de nez la ronde d’acteurs, la main dans la main, est carrément ovationnée.

Théâtre Artistic Athévains, mardi à 20 h, mercredi, jeudi à 19 h, vendredi, samedi à 20h30, samedi et dimanche à16h. Téléphone : 01 42 81 35 23.

02 avril 2006

"A l'accordage!!!!!", par Catimini, troupe vocale

Quatre, soit cat’commères, des drôlesses, et leur mini (en fait maxi) compère à la voix de contrebasse, soient les marraines et le parrain qui seront votre délectation de théâtre, selon la formule claudelienne. Théâtre, mais chant, a cappella, avec voix s’épaulant, se mariant, à la quarte, à la quinte. Elles et il s’approprient, apprivoisent, harmonisent, ré-harmonisent ou parodient avec élégance les Rolling Stones, les Beach Boys, les Mammas, Salvador, Nougaro, mais aussi Chico Buarque, avec la tendresse, le brio et l’élégance qui sont leur signature. Dans leur univers cascadent ballade, poème doux-amer, confidence, épisode burlesque accompagné par un minimum d’accessoires, et un tour de magie au final. Ce sont des comédiens accomplis qui bougent à ravir, des clowns lumineux, mais d’abord des musiciens-compositeurs et auteurs, dont les textes valent souvent mieux que ceux des réputés meilleurs. Lui et elles sont authentiquement beaux, bons, et désopilants. Leurs costumes zébrés, bariolés, fignolés, valent un décor. On rêve.

Essaïon, reprise du 5 au 29 avril, mercredi au samedi à 20h. Tél : 01 48 65 97 90.

Rimbaud le fils, de Pierre Michon

Le titre évoque une filiation, et au départ il est fait allusion au père du poète, qui ne lui « parlera jamais » et déserta la famille, à sa mère Vitalie « la carabosse », mais c’est plus la désaffiliation littéraire d’Arthur et sa vraie révolution qui ont fasciné Pierre Michon. Philippe Renault le metteur en scène, fait en sorte que les qualificatifs anathémisants de récupérateur ou d’anecdotique ne s’appliquent pas à un texte de plus ‘autour’ du Rimbaud des débuts. Sa structure composite, à l’appui d’une démonstration passionnée, inclut certains poèmes parmi les plus connus: A la musique ou Le dormeur du val, et des extraits de lettres. Célébrissime, celle datée du 13 mai 1871 est adressée à son ancien professeur : Georges Izambard. « Je serai un travailleur », puis: « Travailler maintenant, jamais, jamais; je suis en grêve ». Et encore: « je veux être poète, et je travaille à me rendre voyant (…) Il s’agit d’arriver à l’inconnu par le déréglement de tous les sens ». C’est cette violence, cette déraison, la démesure, ses limites, mais aussi la lucidité du personnage qui ont inspiré Pierre Michon. Côté rétrospective, des allusions aux évènements-jalons de l’histoire de Rimbaud s’enchaînent: le choc des évènements liés à la Commune, entre autres, mais leur embrasement commun à Verlaine et à lui, est un passage fulgurant qui renvoie à la mièvrerie ou au voyeurisme tous les autres récits de l’épisode. Audrey Meulle et Cédric Simon sont en pantalons et pulls ordinaires. Leur mission est d’être des passeurs intemporels, qui disent et jouent, et chantent une partition. Audrey a une voix puissante, et devant un micro hurleur, Cédric est à la guitare éléctrique, ses accompagnements sont aussi nostalgiques que contemporains. L’élément unique de la scènographie est un cadre blanc, monté sur roulettes, qui, horizontal, figure une table et vertical, devient écran pour y recevoir des images fixes ou non, ou constitue la métaphore d’un partenaire qu’on empoigne, avec lequel on danse frénétiquement. Les lumières et les noirs sont aidants. Côté comédiens, lui joue le côté buté du poète, ses dégouts ou ses débuts de combats grandioses, elle a le rôle plus délicat de la commentatrice qui est moins l’image de la mère mauvaise que celle des muses et anti-muses du poète. C’est âpre, rugueux, habile.

Théâtre Les Déchargeurs, du mardi au samedi à 20h. Téléphone : 0892 70 12 28