26 janvier 2007

Georges Dandin, de Molière

Le mariage de Georges Dandin, paysan cossu, avec Angélique de Sottenville a été arrangé par les parents de la demoiselle en grande nécessité de redorer leur blason. Constatant qu’il est peut-être déjà cocufié par le jeune Clitandre, leur gendre aussi dépité que désemparé s’en ouvre à eux, espérant qu’ils feront cesser l’inconduite de leur fille. L’intrigue comportant déjà des aspects peu vraisemblables servait de prétexte à une explication qui ne devait en aucun cas tourner à l’avantage de ce balourd de parvenu. Telle était la convention applicable à une comédie de cour flagorneuse ou irrévencieuse. Marcel Maréchal est le mari floué à plus d’un titre, mais pourquoi ce bateleur a-t-il voulu incarner un personnage à deux doigts de déposer son bilan et de tirer sa révérence? Même si les adresses au public où il est censé faire une ébauche de mea culpa laissent présager un geste fatal . Il semble se repasser le film de sa déconfiture pour se persuader que le personnage sur l’écran lui ressemblant comme un clône n’est qu’un usurpateur, et qu’il suffira d’actionner la télécommande pour faire cesser le cauchemar. Un Dandin qui se fait embobiner de la sorte n’est-ce pas un contre-emploi pour celui qui, ultra-finassier et archi-retors, se démène, minaude, ricane, glousse, marmouille, nous gratifiant de numéros hilarants. L’instant d’après il fait mine de tomber le masque et joue au désabusé lucide, cruel, fataliste et métaphysique. Ça grince, ça coince. Comment s’étonner alors qu’Angélique (Flore Grimaud) et son amant nous chantent un petit air strident. Dans l’improbable mais astucieuse transposition qui situe l’action autour des années trente, la jeune génération a court-circuité les préalables amoureux. Sur cette plage où tout est censé se passer, personne n’a envie de se livrer au farniente ; au bord de la Manche il fait frisquet, et puis on est là pour parader sur les fameuses planches. Clitandre (Mathias Maréchal) mi-dadais mi-dandy, et Angélique icône pour magazines portraiturant des femmes de décision, paraîssent dans des tenues de bain pudiques mais sophistiquées. Le reste des costumes se conjugue dans des tonalités sans éxubérance. Les voix sont sèches, pointues. Monsieur de Sottenville (Michel Demiautte) est un vieux militaire dont la carrière se serait déroulée aux colonies. Il porte une tenue ad-hoc avec culotte de cheval et suggestion de guêtres. Sa femme (jouée par Jacques Angéniol) est une dégingandée lugubre. Aux épisodes carnavalesques et colorés et aux ballets et roucoulades, succèdent grimaces et pitreries. Le beau-père régurgite, la belle-mère vacille et, hébétée, dansotte sa bottine à la main. Les serviteurs et entremetteurs sont gouailleurs, insolents, déplaisants. Claudine la soubrette a une voix cassante. Les femmes font la révérence et s’adressent au public moins pour le mettre dans le coup que pour montrer que Dandin n’est plus un interlocuteur valable. Deauville est ramené à un écran vide, la cabine de déshabillage, lieu de la transgression, se déploie habilement pour devenir la demeure dont Dandin nous dit « Ma maison m’est effroyable maintenant ». Au final on a souri, ri et aimé l’emballage, mais on est obligé de convenir que Marcel (nous) fait ici du Maréchal. On ne lui en veut même pas, cela fait si longtemps qu’on l’aime.
Théâtre 14, mardi, mercredi, vendredi à 20h30, jeudi à 19h, samedi à 16h et 20h30. Réservations : 0145 45 49 77