13 janvier 2007

Je rien Te deum, de Fabrice Melquiot

Mise en scène Jean-Pierre Garnier, scènographie et lumière Yves Collet.
« Dans ses yeux je me vois tel que je suis » disait le personnage principal de Percolateur Blues parlant de la femme qui lui était devenue indispensable. Le nôtre qui dit s’appeler Bone évoque Clue, elle aussi essentielle, dans les lavabos où il se lave les mains pour éliminer une souillure. On songe à celle que tente d’évacuer le Pilate qui a participé, même de loin, à l’élimination de l’innocent que l’on sait . Si le titre du monologue fait référence à l’action de grâces redue à son créateur par le vainqueur, à l’issu d’une bataille, Melquiot précise qu’il ne tutoie Dieu que « par goût de l’injure ou pour quémander ». Toutes les autres références plus ou moins intentionnelles à une religion devront être abandonnées ici. Au moment de l’indicible, le grand plongeon que va exécuter l’univers quand le premier avion percute la Tour à Manhattan, Bone était-il physiquement présent dans l’un de ces batiments dignes d’une Babel ? Peu importe, mais l’auteur fait sien le vertige d’une mort salutaire parce que seule perspective pouvant « reprendre l’homme à zéro ». Ground zero en vue : ne plus tenir compte de ses « je veux me sauver » et « j’ai besoin du ciel ». Bone est mort sans l’être, et Sylvain Dieuaide, son interprète, à la beauté incandescente et la plastique d’éphèbe ou de jeune dieu, n’en finira pas de se laisser glisser le long de cette structure évoquant un pan de carlingue avec sa porte qui donne sur un ailleurs, vide inenvisageable et pourtant nécessaire. La paroi blanche constitue un écran sur lequel défilent et tourbillonnent des images évanescentes, parfois réconfortantes. Le texte s’y adosse tandis que les lumières et les sons deviennent la partition lancinante et incantatoire qui se gravera en vous.
Maison de la Poésie, mercredi et samedi à 19 h, jeudi et vendredi à 20h30, dimanche à 17h.
Réservations : 01 44 54 53 00