12 janvier 2007

La Veuve rusée, de Goldoni

On espère que cette rusée à la connotation péjorative est dû à une traduction malencontreuse, car la dame en question se doit simplement d’être avisée. Mettez-vous à sa place ; séduisante veuve récente d’un barbon au-dessus de sa condition, Rosaura est dans une position plus délicate que celle d’une jeune fille dont le père choisirait l’époux, après avoir mis à l’épreuve les candidats selon un usage admis. Il lui faut rapidement prendre un second mari pour assurer sa protection. Son père est trop occupé par ses obligations de médecin et a une fille cadette à caser; débonnaire ou simplement confiant dans le jugement de l’aînée, il la laisse mener l’affaire. Goldoni nous fait un fameux clin d’œil car les quatre prétendants, de nationalités différentes, sont des stéréotypes correspondant aux clichés de l’époque, à peine décalés aujourd’hui. L’Italien est jaloux, l’Anglais inconstant, le Français affecté et l’Espagnol grave, note la jeune femme même si l’un semble fidèle, un autre sincère, un autre encore galant, un autre enfin amoureux. Ils sont néanmoins irréalistes, tout en proie à leurs désirs : ils plastronnent, sûrs de l’avantage et des privilèges dont les a gratifiés leurs naissances respectives. Rosaura, secondée par une servante industrieuse et un valet un poil gaffeur les piègera pour les démasquera chacun à leur tour. Ne voir ici aucun parti pris évoquant une utopique Europe actuelle.Vincent Viotti, adaptateur et metteur en scène, nous embarque dans une comédie brillantissime à coup de scènes enchaînées à un rythme ébouriffant. Des quiproquos, des parodies de duels, des intermèdes dansés, des sérénades et des musiques incomparables. Le spectateur ravi ne comprend qu’à la toute fin que ces douze personnages plus les musiciens, masqués ou pas, qui ont mené leur élégante sarabande sur le plateau, ne sont en fait que huit . Musiciens, danseurs ou acrobates, comédiens parfaitement polyvalents, ils adoptent aussi des accents pour milords, hidalgos ou cavaliere plus vrais que nature. Ces dernières années la Compagnie Cathar6 qui présente cette « farce fine » a installé ses trétaux sur les places publiques, et y a acquis cette maestria qu’exige tout spectacle donné ailleurs que dans des salles traditionnelles. Elle a également peaufiné son approche de ce théâtre subtil de Goldoni qui prend le relais de la commedia dell’arte. Sur de vraies planches, avec des simples rideaux en toile de fond et des balcons à l’allure brinquebalante: tout cela nous est offert dans des costumes en soies indiennes aux couleurs exquises. Tout rappelle que la Sérénissime était synonyme de raffinement indicible autant que de vitalité débordante. Si ce spectacle divertit au sens le plus noble du terme, votre sourire en quittant le théâtre risque de faire se retourner les gens sur votre passage.
Théâtre 13, jusqu’au 18 février, mardi, mercredi, vendredi à 20h30, jeudi et samedi à 19h30, dimanche 15h30, réservations : 01 45 88 62 22