16 janvier 2007

La Vie est belle, de et par Philippe Seurin

Ce titre évoque-t-il pour vous le fameux film de Roberto Benigni, souriez-vous en pensant que cette boutade narquoise transformée en interrogation est peut-être toujours d’actualité?
Si vous questionniez Philippe Seurin il soulèverait probablement un sourcil incrédule. Le titre s’est imposé à lui, il résume la conclusion à laquelle arrive celui qui va inlassablement «au delà des cloisons et des souffrances" indissociables de la condition d’homme, selon lui. Philippe Seurin est un comédien à la présence magnétique, au visage et à la silhouette qui accrochent la lumière. Les registres musicaux de sa voix, modulable à souhait et dont il n’abuse pas, auraient pu en faire un imitateur courtisé par les médias. Il est obstinément amoureux du langage qui constitue son outil de travail allié à ce corps dans lequel s’incarne la une parole à laquelle il s’est voué comme à un sacerdoce. Auteur de pièces de théâtre, il a publié une dizaine de recueils de poèmes et de contes où, en spécialiste, il manipule les mots, ses partenaires, avec leur aimable complicité « J’écris comme je parle, en suivant la pulsion, le rythme, et la voix off qui est mienne », confie-t-il .Des dialogues aux propos bourrus de petits personnages frustes et râleurs au bon sens raplapla constituent des séquences truculentes. La loufoquerie y joue à cache-cache avec l’amertume. Mais Obaldia qui lui sait gré d’avoir été un des premiers à dire en scène ses Innocentines, aime chez lui « la crudité du langage, les fureurs » derrière lesquelles « se révèle une véritable tendresse ». C’est le cas quand il évoque son enfance ou une autre innocence à choyer ou reconquérir. Il possède le sens du raccourci, des formules choc et de ces petites respirations que sont les anecdotes drôlatiques. Fleur bleue, il évoque des rencontres avec un être de rêve, fragile, et qu’il attend depuis longtemps pour le prendre par la main. Il enchaîne sur des conseils fraternels, amicaux, qui sont la reformulation de leçons tirées de son parcours d’artiste et d’humaniste exigeant, jalonné d’ajustements ou de remises en question. Au moment de quitter la scène il semble se raviser : « Excusez-moi, je ne suis pas poète ». Ne le poursuivez pas en coulisses pour lui dire « mais vous savez bien que si ». Philippe Seurin refuse avec modestie de se targuer d’un titre risquant de le faire figurer dans un quelconque panthéon, aux côtés des très grands maîtres qu’il révère. Sa dernière réplique est la phrase qui termine Mots-Maux*, recueil qui constitue la trame de ce spectacle. Tranchant sur d’autres que l’on classe hâtivement ou abusivement dans la catégorie « poétique », il s’ouvre et se clôt « sur un air de jazz et de bleu retrouvé ». Il vous remuera.
Théâtre du Nord-Ouest, jusqu’au 10 juin. Janvier : les 21, 28 à 20h 45, les 18, 19, 24 à 19h, le 27 à 17h. Réservations : 01 47 70 32 75
*Mots-Maux, Le Temps des Cerises, 2003