28 janvier 2007

Le barbecue, d'Alexandra Demoy et Jocelyn Messina

Ça démarre comme on s’y attendrait, vu le menu : faites comme chez vous quand vous êtes en week-end dans la maison normande et paumée des parents devenu le lieu sympa ou leurs deux filles Marianne et Nina peuvent amener en week-end leurs jules respectifs, pendant qu’eux-mêmes gardent les enfants de l’aînée. On a invité Audrey (Alexandra Deloy) la copine de toujours, superbe créature l’air un tantinet désabusé, qui est censée y rejoindra Igor (Jocelyn Messina) son chéri, retour des States. On est tous du même monde, qui photographe travaillant pour une agence de presse, qui comédien, etc… Donc Marianne (Martine Boutin), maîtresse de maison par intérim, est responsable de la bonne marche de la petite troupe et de l’ambiance, même si on sait d’expérience que ça exigerait de sa part diplomatie et colossale bonne humeur. Cette grande gueule à l’énergie débordante, n’est pas de tout repos. Elle a des idées bien arrêtées sur les comportements à exiger de ses hôtes. Son compagnon, Richard (Frédéric Deplanque), apparemment bonne pâte est obnubilé par son propre début de carrière d’écrivain voué aux best sellers nécessaires à l’entretien d’une famille légèrement recomposée. Classique mais cool. Nina (Sophie Salva), sœur de Marianne, affligée d’un complexe de loser en amour, qui décourage par ce qu’elle est peut-être elle-même découragée, a débarqué flanquée de Michel (Arnaud de Furst) : autre grande gueule irrépressible, jovial, désinvolte, il est du genre donneur de conseils à trois balles fichant son nez partout . Mais gratifié d’un bon sens monumental, il se révèle "plus convivial tu meurs"… normal, il est barman. Ultra-performant par ailleurs, il se vante d’avoir de quoi rendre dingue les nanas. D’emblée il ne plait pas à Marianne, qui lui interdit de fumer, de mettre sa musique, etc. Ça serait déjà mal parti si le ténébreux Igor qui vient de tourner un film avec Tom Cruise, et son Audrey ne se faisaient pas la gueule depuis qu’ils se sont retrouvés. Et c’est là le coup de génie de Richard : en panne d’inspiration pour son bouquin en cours il parie qu’ils se sépareront pour de bon pendant le week-end, Marianne soutenant qu’au contraire ça repartira comme jamais. On ne vous dira pas les enjeux du pari, ni qui gagnera, ni encore à quel prix. L’intrigue est plus qu’astucieusement menée, les six camarades jouant parfaitement des situations dont les rebondissements sont liés aux découvertes que l’on fait sur les personnalités de chacun. Rien à voir avec des déballages nauséabonds ou des réglements de comptes à grand renfort de cadavres métaphoriques dans des placards. Les comédiens s’identifient à leurs personnages avec bonne humeur, talent et astuce et jouent tout en force et en finesse. Ils font de ces 90 minutes un spectacle tonique n’ayant rien de commun avec certaines récentes productions affligeantes d’auteurs branchés qui s’y croient.
Théâtre Darius Milhaud, à 21h le jeudi, jusqu’au 26 avril. Réservations : 01 42 01 92 26