23 janvier 2007

Les Pouces du PANDA, de Norbert Aboudarham

Cela commence dans la salle et comme dans les deux précédents spectacles de cette trilogie, il y aura avec le public beaucoup d’« interactivité ». Ne soyez pas dupe ce n’est qu’un clin d’œil, et certainement pas un procédé récupérateur. Le spectacle n’en a nul besoin; tout ce qu’il met en oeuvre est synonyme d’intelligence et d’astuce. Simplement de petites sorcelleries, des gags et tours de passe-passe l’agrémentent et relèvent de l’art délectable du prestidigitateur. Tout ce que dit, suggère, montre ou démontre grâce à eux ou malgré eux Norbert Aboudarham, est digne de ce vrai professeur de bio-physique au bon regard rassurant sous sa crignasse ébouriffante. Il est épris de ses découvertes et nous y convie. L’idée de départ étant que l’étude de l’évolution de l’univers et des espèces animales, homme inclus, envisagée selon des théories plus ou moins contradictoires, est indispensable à quiconque vit sur cette planète. La conscience est le premier bien et le meilleur outil de l’homme et si ce que l’on nomme la création semble relever d’une invention loufoque pour ne pas dire absurde, il faut néanmoins la regarder en face et l’accepter comme un cadeau. Ils sont quatre sur scène; le savant brillant causeur, bienveillant et un tantinent docte alors on ne s’y attend pas, assez cependant pour « re-cadrer » le jeune homme et la jeune fille qui sont ses interlocuteurs. Ils pourraient être ses assistants de laboratoire, ses étudiants en faculté ou de simples figurants, machinistes, accessoiristes, bref des accolytes qu’il s’est adjoints en mégalomane. D’abord ils sont la ré-incarnation de Lucie, notre ancêtre tchadienne et de Toumaï, le premier homme dont le crâne ait été retrouvé. Disjonctant allègrement, affublés de masques et transformés en bêtes préhistoriques ils se livrent à des combats rituels ou effectuent des pirouettes en sorte de ballets farfelus concoctés par l’auteur. Le quatrième larron est le Dalama-laï conférencier-embrigadeur de service; dans sa tenue safranée il affiche un sourire mi-suave mi bon-enfant et débarque à contre-temps pour débiter ses vérités. Son discours labyrinthique contraindra le savant, prostré près du bassin à poissons rouges à rester coi vers la fin. Elle arrive si vite qu’on en reste presque sur sa faim. Mais la fable, farce, parabole ou leçon magistrale, quoiqu’impertinente, a ravi les enfants. Et même si beaucoup de son contenu leur a passé très au-dessus la tête, à voir leur sourire à la sortie du théâtre on est sûr qu’ils s’en souviendront. On en est doublement heureux.
Théâtre Daniel-Sorano, Vincennes jusqu’au 24 février , du mardi au samedi à 20 h45
réservations : 01 43 74 73 74