12 janvier 2007

Osée Joséphine, de Jean-Yves Dretzolis

Titre plein de promesses qui nous ramène en 1991, année où l’album de Bashung créait l’événement. Mise à part une première scène furtive derrière un rideau évoquant vaguement des souverains, des berlines et autre figurines, on se demande bien ce que cette pièce qui lui emprunte phonétiquement son titre, peut avoir de commun avec la chanson-phare de l’auteur-compositeur-interprète. On connaît dans les recoins l’histoire de Napoléon, de sa mère et de sa première épouse, vrais monstres sacrés pétris de contradictions, personnalités à la trempe peu commune. Mais très vite le spectacle ne sera au mieux qu’une succession d’images d’Epinal, de vignettes, et au pire une bande dessinée réalisée par des collégiens, un feuilleton à deux balles, un roman-photos pour midinettes prolongées. L’Empereur confesse piteusement qu’il « a besoin d’un héritier et d’une alliance avec un monarque » et la ci-devant veuve Beauharnais, qui le tient par l’effet des sens, malgré sa bonne volonté, n’assure pas. Ils se sont livrés à des ébats dont elle émerge tentant d’être affriolante entre des draps de satin , d’autres se veulent teintés d’érotisme raffiné, semble t-il, puisqu’elle garde ses gants. L’empereur dans l’uniforme dont il ne se départit pas aligne proverbes, aphorismes et formulations dans un langage conventionnel qui se cherche des accents hugoliens ou chateaubrianesques : « le capitaine coule avec le navire, mais la sirène continue de chanter », « Si l’amitié ne peut rien l’amour peut tout ». Format de poche, c’est un petit caporal qui a besoin de se rémémorer ses exploits pour y croire ; cela nous vaut des récits de stratégies propres à édifier des auditoires de bistrots. Fouché, duc d’Otrante, l’indic-espion de service à la voix caverneuse, a tout du traître de mélodrame. Madame Laetitia est une caractérielle au regard de diseuse de bonne aventure pour couloir de métro. Insinuations infamantes pour les deux dames, déballages d’épisodes relevant du vaudeville avec amants dans les placards : Madame Bonaparte a-t-elle bien eu untel pour partenaire ? qu’en est-il des aventures et des compromissions de Joséphine avec des révolutionnaires de haut vol ? Re-plongées dans le passé, re-mensonges, traîtrises et calomnies. Van Armin, le chéri supposé de Joséphine, dont l’exhumation ou plutôt l’invention semblent témoigner de la créativité de l’auteur, est un voyant tireur de cartes. Il dévoile un avenir qui se revèlera d’une précision hallucinante, avec Waterloo en prime. Quant à Joséphine c’est finalement une gentille secrétaire à la voix fluette, avec qui on aimerait commenter la soirée télé d’hier devant la machine à café. Noirs très longs pour changements de décor consistant à empiler et désempiler des estrades blanches, musiques schubertiennes alors qu’on est plus proche du monde de l’opérette. « Je deviens plus grand » proclame l’Empereur qui, déchiré, a pris la décision de répudier sa « bonne étoile ». Moralité: novembre 1812, c’est sa Bérésina. Pour nous, pouce, on ne joue plus, le supposé péplum a viré au canular.
Petit Hébertot, du mardi au samedi à 19h, réservations : 01 43 87 23 23