15 février 2007

Coquin d'caf'conc' avec Alycia et Tony Tram

L’élégant pianiste jouotte de son instrument comme distraitement, en sourdine.
Du fond de la salle une voix gouailleuse interpelle ce charmant Raoul et rapataplan Rose est là. Dans sa robe corsettée rouge et violine au décolleté affriolant, avec sa volumineuse coiffure du début du siècle dernier, c’est une créature plus que pétulante. On comprend qu’on ne pourra plus quitter des yeux cette fougueuse beauté qui se lance avec un entrain ravageur dans Viens poupoule, Mon homme, Tel qu’il est…il me plait, le Fiacre ou Madame Arthur. Suivra une vingtaine d’airs que chantèrent Edith Piaf, Yvette Guilbert ou Arletty entre autres, mais écrits par des gens aussi célèbres et surtout talentueux que Sacha Guitry, Vincent Scotto, Maurice Yvain. On ne cherche même plus à savoir si on les reconnaît au passage tant on les adore déjà. Elle les transforme en sketches, s’adjoignant des accessoires d’époque joliment choisis. Ses minauderies sont autant de jolis pieds de nez faits aux vraies minaudeuses; en parfaite rouée elle peut s’offrir des nunucheries de fausse nunuche. Le registre des personnages irrésistiblement féminins qu’elle aborde n’a pas vraiment de limites. Elle slalome entre ses voix multiples, de la plus acidulée à la plus râpeuse: celle de l’amadoueuse amadouée, de la femme qui s’étonne d’en pincer follement pour son jules, de la gourde qui répète les propos égrillards saisis au vol d’une conversation dont elle ne soupçonne ni la teneur ni les sous-entendus, et naturellement celle de la diva ou de la meneuse de revue qu’elle est, dont l’abattage laisse sur le flan. Le tandem Rose-Raoul fonctionne comme sur des roulettes; elle le houspille, il est ravi, elle le prend à témoin, il opine du chef, elle l’invite à donner son avis, il le fait d’extrême bonne grâce l’accompagnant toujours avec un brio ébouriffant, l’air de ne pas y toucher. Bien sûr les hommes de cette Rose trop insinuante pour être honnête ne sont pas toujours des foudres d’amour. En leur taillant un fameux costard, la formule de l’ancien caf’conc’permettait à ses aînées de se défouler à l’évocation de leurs contre-performances. Cela émoustillait et faisait glousser les légitimes ou les régulières de ceux qui, pris pour cibles, étaient en train à leur table de se ruiner pour elles en champagne. Alycia qui s’en délecte visiblement ressuscite ce mini-monde, mais pas un instant elle ne verse dans une grivoiserie racoleuse. Comédienne et chanteuse au métier d’enfer, avec son parfait musicien de complice elle vous a confectionné un spectacle qu’on a envie de revoir avec des amis.
Essaïon, le mardi à 20h. Réservations : 01 42 78 46 42