16 février 2007

Coriolan 22.04, de Jean-François Mariotti

Coriolan, général romain et habile conquérant, se déclara l’ennemi d’une patrie qu’il jugeait peu reconnaissante. Il prit les armes contre elle, ne renonçant finalement à l’envahir que touché par les exhortations de sa mère et de sa femme entourée de ses enfants. Ce remarquable stratège doublé d’un patricien arrogant n’éprouvait que mépris pour le peuple par lequel il ambitionnait pourtant se faire élire consul. Quand le tribun Brutus mit ses concitoyens en garde contre ce futur tyran, il rejoignit en Italie centrale les Volsques, peuplade féroce qu’il avait autrefois soumise, pour marcher sur Rome avec eux dans l’intention de se venger. Il mourut dans la foulée; on ne sut jamais si ce fut un suicide ou une liquidation. L’auteur qui connaît à fond son Plutarque et son Shakespeare a fait de cette histoire d’alliance contre nature en vue de conquérir le pouvoir, le canevas de sa tragi-comédie. A vocation d’éxutoire sa pièce est peut-être simplement prémonitoire et ne constitue qu’une analyse politique goguenarde par ces temps d’élections (la date du premier tour des présidentielles figurant dans le titre). Confiant à un coryphée la mission de commenter l’action, il le reconvertit en correspondant de guerre alias commentateur pour télé « Coriolan ne sera pas consul et moi je suis le roi des médias ». Ce qui lui permet à l’antenne, ou hors antenne, de se défouler dans un langage plus que cru, ressassant le mépris de l’auteur pour les puissants hypocrites et les traîneurs de sabre grotesques. La scènographie fait appel à d’impressionnants bruitages et des interventions musicales efficaces. Le décor tout en tentures recouvrant la scène est chatoyant. Mais un bébé, poupée emmitonnée, un autre plus virtuel encore et une poupée gonflable sont des accessoires explicites et dérisoires. Les comédiens ont à cœur d’imposer la densité du texte et l’exaspération qui le parcourt. On trouve vite souhaitable que ce caricatural Coriolan soit éliminé pour que triomphe une éventuelle légitimité. Thibaut Corrion dans le rôle titre a les moues hallucinées et les mimiques haineuses qu’il affichait dans le Maldoror d’après Lautréamont, récemment adapté et mis en scène par Jean-François Mariotti aux Déchargeurs. Lee Fou Messica, séduisante Camille reine des Volsques a une présence poétique puis, énigmatique elle finit par inquiéter son monde. Frédéric Jessua à la fausse bonhomie décapante est épatant en Coryphée caustique. Thibault Sommain est un Brutus baroque voire burlesque; son épouse Virgilie est jouée par une Clémentine Marmey acide. Amandine Gaymard, prophétesse aveugle, a la voix rauque qui convient à cette pièce vitupérante et âpre aux ambitions trop évidentes.
Les Déchargeurs, mardi à samedi 21h30. Réservations : 0 892 70 12 28