10 février 2007

Les retours de Don Quichotte, de J.Cagnard, A. Gaufré et G.Aufray

Les retours de Don Quichotte, de Jean Cagnard, Alain Gautré et François Chaffin, par la Compagnie Che Panses Vertes et le Théâtre de la Marionnette de Paris
Trois approches de ce héros, démesuré présumé dérisoire, dont on croit tout savoir sans avoir jamais lu une ligne de Cervantès. Sans en faire une pâle copie ni même une caricature trois auteurs ont accepté de lui assigner des missions plus impossibles encore. Ils ne se sont pas laissé prendre au piège ; l’inverse se produit : Quichote les redécouvre et les renvoie à eux-mêmes. Ils étaient certes consentants mais le résultat est désopilant. Jean Cagnard est l’auteur de la première séquence : ce "Mon cœur est parti dans mon cheval" fait vaciller la raison. Sur scène s’instaure une chorégraphie de l’absurde. Des tabourets mis bout à bout deviennent un toboggan, sur lequel deux petites figurines de bois articulées, montées sur des chevaux à bascule, incarnent le chevalier Don Quichotte et son domestique Sancho. Robots dérobotisés, ils sont manipulés par les deux comédiens qui disent un texte où il est question d’une traversée du temps, sorte de quête ponctuée de petites révoltes et de raz le bol. Concentrant son regard sur les petits personnages, suivant les gestes des comédiens, guettant peut-être une manœuvre étrange de leur part, le spectateur perd un peu le fil du discours pourtant singulier de l’auteur. Un (trop) long temps de préparation, avec installations de dispositifs scéniques destinés à suggérer un chaos, précède la deuxième séquence. Un musicien arpente le plateau pour faire patienter le public avec des musiques ronflantes. Dans le Rocamadour d’Alain Gaufré un Dominique Chotte franchouillard et fanfaronnant célèbre la France éternelle et part en guerre contre les incongruités issues de l’Europe de Bruxelles. Face à lui un faire valoir l’engage à « prendre ses gouttes » mais son délire verbal s’emballe ; la prestation du comédien donne le vertige. Signé François Chaffin Les voix me disent se déroule dans un univers plus étrange et chaotique encore. Un homme est assis à une table de bistrot en pente recouverte d’une toile cirée; des marionnettes en costumes de l’époque de Cervantés y sont installées. L’homme désabusé qui boit et philosophe en compagnie du serveur ressemble du père de Don Quichotte. De son discours, à la poésie prenante il ressort qu’il a tué le personnage de son roman et ne s’en remet pas. Une jeune fille rebelle mais cherchant à donner un sens à son existence se joint à eux ; elle les fait se ressaissir et le tout s’achève dans une euphorie accompagnée de chants. Le rythme de la représentation est contrarié par des changements de costumes et la mise en place intempestive de décors par trop explicites, mais ce spectacle singulier reste touchant. Il témoigne de la recherche d’un mode d’expression riche et complexe, démarche habituelle du Théâtre de la Marionnette à Paris. Les trois excellents comédiens et leur camarade musicien s’y investissent à fond, pour un résultat inégal.
Maison du Geste et de l’Image, 42 rue saint Denis, Paris, du 6 au 9 mars à 20h30 et le 10 mars à 14h. Réservations : 01 44 64 79 70