04 février 2007

On s'embrassera plus tard, textes de Xavier Durringer et Gérard Levoyer.

Mise en scène : Stéphanie Collette
Dans le noir des voix de femmes jeunes ; leurs propos lestes et goguenards tournent autour de petits détails intimes concernant leurs partenaires. L’une d’elles déclare vite qu’elle « veut voir le prochain ». Rires. Lumières : sur fond noir quelques panneaux évoquent des cartes à jouer, des croquis de cœurs et de lèvres XXL. Des silhouettes de femmes gagesques, peut-être bâclées volontairement, comme tracées par un enfant du CP. La dérision s’est installée, l’une après l’autre les quatre jeunes femmes en robes décolletées avec escarpins à talons très hauts (et qui pourraient fort bien poser pour de la lingerie chic dans vos magazines préférés) entreprennent de nous faire leurs confidences. Cela débute par des récits de femmes embobinées par des individus qui vont du macho le plus traditionnel faisant du chantage à celle qu’il a rendu accro, à celui qui « lui met un coup dans la gueule ». Plus grave, il y a la demi-douzaine de clients avinés qui abusent de Martha la serveuse qu’on prend pour une gouine parce que les hommes ne la tentent pas, bref qu’elle n’a pas envie, et qui se vengera, arme à la main. Une autre va voir sa psy qu’elle finit par houspiller et accuser d’incompétence. Elles sont terriblement actuelles : pour elles le romantisme est synonyme de « pays où le shit est bleu ». Une comédienne joue et mime la pré-ado ingénue qui, serrant le cou de ses parents l’un après l’autre, leur « fait le collier de la mort » apparemment pour les délivrer de leurs souffrances. On se demande pourquoi ces jolies créatures fort peu naïves et cousines de celles que Jeanne Charhal ou Anaïs croquent dans leurs chansons acidulées, se sont laissé pièger par des garçons sur lesquels elles n’avaient guère d’illusions. Elles s’en sortiront peut-être parce que dans leurs têtes elles sont toujours « la fille de quinze ans qui court sur la plage ». Fascinées, déçues, amères et de nouveau insouciantes, elles repartent pour un tour. Juliette Maillot, Julie Dorléans, Muriel Poletti et Stéphanie Collette, toutes les quatre en nuances et en autorité se succèdent sur la scène pour des confidences ou des récits à plusieurs voix. Les textes de ce montage sont cocasses, pétillants, poignants ; leur écriture méticuleuse, imagée ou brillante est scènique. Ils s’enchaînent selon une mécanique si bien huilée qu’on ne sait pas duquel des deux auteurs chacun est issu. Comme nous le confie le personnage porte-parole de Gérard Levoyer dans les Douze femmes pour une scène « le théâtre ça peut être des gens comme nous qui racontent leur vie et la jouent, et font rire avec et donnent du plaisir aux autres ». Même si au récit de leurs désillusions on rit souvent jaune ou trop fort…ce qui revient au même.
Théâtre du Nord-Ouest, cycle « Le Cœur et l’Esprit », jusqu’au 10 juin, dates et réservations : 01 47 70 32 75