16 mars 2007

Encore une histoire d'amour, de Tom Kempinski

Mise en scène d’Antonia Malinova, avec Philippe Ivancic et Charlotte Rondelez
Dans un fauteuil délabré un individu répugnant grommelle, se contorsionne. Un téléphone d’une saleté repoussante sonne; à l’autre bout une voix féminine jeune et vibrante. Se ruant en coulisses, l’homme en ramène un plateau repas et ingurgite bruyamment des nourritures genre « snack » peu ragoûtantes. De la conversation qui s’engage il ressort qu’il est auteur de théâtre à succès, mais que son agoraphobie est la cause d’ une panne d’inspiration qui n’en finit plus de durer. Notez que ce John Green n’aligne que des propos d’un platitude affligeante, émaillés de grossièretés gratuites apparemment peu compatibles avec des préoccupations littéraires. Les éléments du décor suggèrent deux lieux distincts : en effet il habite Londres et son interlocutrice, Sarah Wise, vit à New York. Elle apparaît dans son espace à elle sautillant sur une béquille, l’appareil à la main et énumère les opérations que la maladie, cause de son handicap, a rendues nécessaires. Sa carrière d’actrice en est forcément devenue précaire. A peine a-t-on eu le temps de se demander si Kempinski ne cherche pas tout bonnement à nous apitoyer qu’ elle avoue tout à trac son intention de jouer dans l’une des pièces de Green. Dans la foulée et probablement parce qu’elle estime ne pas avoir de temps à perdre, elle enchaîne avec un « je vous aime » péremptoire . Au cas où sa hâte pourrait paraître vraisemblable, mais après avoir tiqué tout de même en constatant que le titre original de la pièce est « Separation », vous allez devoir vous accrocher pour encaisser la suite. Flatté, intrigué ou flairant un bon coup, John Green devient accro à ses conversations téléphoniques avec Sarah. Miracle, il reprend une apparence décente, lui confie le rôle qu’elle souhaitait . Elle fait un triomphe. Il accepte de la voir, elle débarque chez lui, ils s’engueulent, elle repart, ils se rappellent, re-bavardent et re-déballent leurs blessures intimes. Ils s’exacerbent, braillent, vont-ils se colleter ? Si cette « histoire d’amour » ne vous a pas emballés dès le départ, c’est peut-être parce que le rapport de forces entre les partenaires a joué les prolongations, et que le sentiment vrai qu’il masque est resté trop longtemps planqué dans les vestiaires. C’est peut-être aussi dû au jeu hyper-réaliste du comédien, qu’on aimerait revoir dirigé autrement. Celui de la comédienne est plus nuancé. Bourrée d’énergie elle possède un réel abattage et sa performance est touchante. La fin torride arrive alors que vous vous étiez presque résignés à n’être que témoins-complices d’une romance très rosse.
P.S. La bande-son est composée d’un best of d’Elvis Presley et vous serez édifiés ou ravis d’apprendre que la pièce est quasiment autobiographique : son auteur Tom Kempinski a effectivement souffert pendant quinze ans d’agoraphobie au point de devenir boulimique et incapable d’écrire.
Théâtre Essaïon, du mercredi au samedi à 21h30. Réservations 01 42 78 46 42