07 mars 2007

Il Matrimonio segreto, de Domenico Cimarosa

Il Matrimonio segreto, de Domenico Cimarosa, livret italien de Giovanni Bertati Mise en scène Anne-Marie Lazarini. La direction de l’Artistic Athévains vient de transformer sa grande salle en lieu digne d’accueillir un opéra, quoique situé dans une petite rue d’un quartier décontracté, loin des ors habituels. On ne se félicitera jamais assez de cette initiative et du choix de ce Mariage secret du suave Cimarosa où un microcosme aspire effectivement à la félicité et le chante à pleins poumons sur des tons admirables. Il la trouvera au terme d’une intrigue au dénouement ‘téléphoné’ mais avec des avant-goûts de vaudeville. Une jeune personne et son amoureux se sont unis en secret, commettant ainsi un crime de lèse-père et bafouant le code garant de l’ordre social. Cependant le géniteur s’offusque que sa fille aînée promise à un comte soit refusée par celui-ci, tombé amoureux fou de l’effrontée qui n’est plus libre. Ajoutez à cela la sœur du père de famille, jeune veuve ardente, partie à la conquête de celui dont elle ne peut pas savoir qu’il est devenu son neveu par alliance. Quiproquos, rebondissements aussi rocambolesques que conventionnels et au final tout le monde se tombe dans les bras, le chef de famille ayant levé les siens au ciel et décidé « le cas est désespéré il faudra nous en contenter ». Pour les protagonistes de cette petite saga, Anne-Marie Lazarini a choisi au premier acte des costumes noirs sans époque mais à l’élégance fonctionnelle et un décor stylisé avec coin de parc géométrique, marches, et statue romaine. Sa mise en scène nous fait des clins d’yeux quand le comte au nœud papillon, sanglé dans un invraisemblable manteau d’une matière qui capte la lumière et qu’il n’ôtera jamais, "embarque" subrepticement une des petites cuillères de son négociant de futur beau-père chez qui il a pris cérémonieusement le café. Tout cela est normal pour ces extravertis à la sincérité jamais remise en doute, mais retors et combinards par nature. Pour ces transalpins, les émotions sont aussi légitimes que vite retombées; on en vient aux imprécations, aux mains, aux crêpages de chignon. On chante aussi bien son ressentiment, sa jalousie, son exaspération, autant que les divins émois de l’amour. Le clavecin reprend le fil des événements où les chanteurs l’ont laissé, le cor et le hautbois commentent, ponctuent en se moquant, ou se lancent dans des digressions. Les cordes disent la féminité chatoyante, le romantisme, mais aussi la jovialité, le bavardage et la bonne santé. Entracte. Au deux, messieurs et dames se retrouvent emperruqués en costumes Louis XVI plus exactement Léopold II. Les lumières ont rosi et un surcroît de statues peuple le parc. Le happy end vous tombe dessus parce que le tragique a fait long feu et qu’on s’est rangé à une philosophie énonçant des principes auxquels personne ne se tiendra. Tel est l’opéra-bouffe et son second degré. Fin du ravissement. Même s’ils n’ont pas la possibilité de faire amplement montre de leurs talents de comédiens, estompés ici peut-être parce que le jeu théâtral s’apprécie souvent dans les silences et qu’ici la musique les presse en permanence, les chanteurs sont aussi excellents que leurs musiciens. Il faut leur exprimer à tous une gratitude légitime, avec peut-être une mention spéciale pour Gaëlle Pinheiro la jeune mariée clandestine, soprano à la voix d’une ampleur et d’une couleur étonnantes, doublée d’une comédienne piquante. La direction d’orchestre d’Anne-Claude Brayer qui communique à son monde sa grâce et son humour, est exemplaire. C’est un des atouts de ce spectacle dont on sait qu’il servira d’initiation magistrale à l’opéra pour un public jeune (ou moins jeune) et de divertissement de grande qualité pour les afficionados.
Théâtre Artistic Athévains, calendrier, dates et réservations : 01 43 56 38 32