24 mars 2007

La jeune fille et la mort, d'Ariel Dorfmann

Depuis sa création en 1991 le succès de cette oeuvre lui vaut d’être jouée régulièrement dans le monde entier, Roman Polanski en ayant réalisé une version filmée. L’histoire se déroule dans un pays latino-américain où à l’occasion d’un putsch une jeune femme a vu sa vie briser par les viols et les tortures que lui ont fait subir ceux qui récupéraient le pouvoir. Après avoir vainement tenté de se reconstruire, elle se trouve par hasard, une quinzaine d’années après, face à son bourreau redevenu le médecin secourable et le père de famille honorable d’avant les événements. La pièce s’articule autour d’une réflexion sur le désir de vengeance et les compromissions et autres lâchetés dont les hommes désireux de pouvoir sont en danger de se rendre coupables un jour ou l’autre. Paulina qui a reconnu son tortionnaire hésite; va-t-elle obtenir ses aveux circonstanciés avant de le faire atrocement souffrir à son tour? Son mari Gérardo, personnage en vue briguant un poste de ministre, doit-il faire ce que sa femme lui demande au nom de l’amour qui est censé les unir ? Le médecin éliminé deviendrait de toutes façons plus dangereux mort que vivant. Pour mettre en scène ces atermoiements synonymes de rebondissements qui ménagent le suspense, Didier Long a fait le choix d’un réalisme outrancier. Cela contraint les comédiens à la violence, et à des séquences d’hystérie. Paulina a tiré le docteur Miranda du lit où il cuvait l’alcool bu en compagnie de son époux Gérardo lequel a lié amitié avec lui à l’occasion d’une panne de voiture et l’a convié dans la foulée à passer la nuit dans leur villa près de la mer. Baillonné et ligoté par Paulina, en simple caleçon, ce Miranda ne cesse de grogner et de se tordre sur son siège. Elle, soudain calmée, ayant posé l’arme dont seule elle ne se sépare pas, et son mari rassuré adoptent une marche à suivre qui fait tout repartir de manière désordonnée et à un rythme haletant. L’issue devient à chaque fois plus hypothétique, la fin presque ambiguë et l’ensemble assez insupportable. Les comédiens trouvent dans leurs rôles l’occasion de performances. Sophie de la Rochefoucauld pieds nus élégante et sexy dans sa robe émeraude est la femme exacerbée que le mari tente de canaliser. Frédéric van den Driessche est un Gérardo suffisant au départ comme il le redeviendra à la toute fin, valorisé à ses propres yeux par le fait d’avoir recueilli Paulina, mais surtout par la perspective d’accéder à de très hautes fonctions. Jean-Michel Noirey se tire honorablement d’affaire dans le rôle ingrat et parfois plus grotesque que nécessaire de Miranda. Le tout dans un décor esthétisant dont le raffinement allié et les lumières contrastent avec la barbarie, le sadisme et le pathos ambiants.
Théâtre 14, mardi, mercredi, vendredi, samedi à 20h30, jeudi à 19h, matinée samedi à 16h. Réservations : 01 45 45 49 77