14 mars 2007

La mort d'Akhenaton, de Jean-Dominique Hamel

Mise en scène de Nathalie Hamel
Grand connaisseur et admirateur des écrivains français classiques, plus particulièrement des baroques, et fasciné par l’histoire de l’Egypte ancienne, l’auteur a eu un vrai coup de cœur pour le fameux roi Akhenaton. On croyait connaître une grande partie de son existence mais des travaux récents suggèrent qu’il fut un personnage plus étrange que sa légende ne le laissait imaginer. Pour entourer le monarque Jean-Dominique Hamel met en scène les membres de sa cour, sa famille et les généraux félons qui seront responsables de sa mort, ainsi que le grand Vizir qui permettra que s’ourdisse le complot visant à le supprimer. Ayant avoué son désir d’aller à la rencontre du peuple d’Israël dont la foi monothéiste lui paraît riche de vérités, aux yeux du Vizir il est devenu un danger pour le royaume et la religion officielle qui y régit tout. Porté au mysticisme, cet Akhenaton ressemble à certains de ces héritiers de dynastie qui considérèrent l’héritage de leurs ascendants comme un fardeau. Sa mission est une tâche au-dessus de ses forces sans une aide qu’on qualifierait aujourd’hui de providentielle. Pressentant aussi que son destin est de disparaître jeune, il ne se précipite nullement au devant de la mort, mais l’auteur lui prête une qualité digne de Polyeucte. Sans avoir sa dimension, il partage avec lui la faculté de se détacher très vite de ce monde. Une fois qu’il l’a quitté, il inspire du remords à ses meurtriers. En filigrane s’inscrit la révélation de la grâce et du pardon accordés aux bourreaux, préfigurant une ère nouvelle. Ici la progression dramatique et les rebondissements multiples s’assortissent de dialogues et d’apartés où règnent une noblesse de sentiments et le souci d’afficher une authentique grandeur. Ils y côtoient des tirades pour personnages à la noirceur mélodramatique. L’écriture très accessible respecte les règles et les cadences classiques, laissant peu de place la fantaisie et aux audaces langagières. La pièce se situe ainsi dans la tradition de ces « à la manière de » qui au collège obligeaient les jeunes gens à imiter le style des très grands auteurs et constituaient un exercice de base, véritable passage obligé auquel se sont certainement soumis Corneille, Hugo et plus tard De Gaulle. Dans un souci d’éviter ce qui pourrait distraire le spectateur de l’action et de ses péripéties, le décor ne comporte que des sièges à l’antique. Des costumes tous plus somptueux les uns que les autres dus à Nathalie Hamel qui signe la mise en scène, sont la seule concession faite à l’exotisme. Une troupe d’une douzaine de comédiens au jeu sobre se répartit les personnages majeurs ou de deuxième ordre et unidimensionnels qui peuplent cette œuvre au propos ambitieux mais dont bien des accents nous sont familiers .
Théâtre du Nord-Ouest, jusqu’en juin. Dates et réservations : 01 47 70 32 75