13 mars 2007

L'anniversaire, de Jules Vallauri

Mise en scène de l'auteur, avec Michel Voletti, Nicolas Vitiello et Franck Delay
L’auteur annonce la couleur: sa comédie sera douce-amère. Il ne vous laisse surtout pas présager que la douceur l’y emportera sur l’amertume ni que le suspense mènera à un dénouement réconfortant. Sa démarche est généreuse; qu’il ne nous en veuille pas de dire brièvement de quoi il s’agit. Dans l’appartement où Claude, quinqua alerte et apparemment bien dans sa peau, attend des invités à l’occasion de son anniversaire, débarque Vincent jeune homme à la mine soucieuse. C’est son fils qu’il n’a pas revu depuis une quinzaine d’années et dont il n’avait plus de nouvelles. Il n’aura pas le temps de lui faire avouer les véritables motifs de sa visite inopinée, ni de chercher à savoir s’il vient déballer des histoires de famille, ou lui demander les vraies raisons qui l’ont fait quitter sa mère. Un prétendu voisin, Thomas, arrive à son tour et semble être un intime de Claude. Son déguisement délirant lui donne la dégaine d’un lapin rose XXL pour boite de ‘folles’: le public a compris aussitôt de quoi il retourne. Vincent qui n’est pas nigaud, ne manifeste sur le champ ni surprise ni désarroi et la pièce consiste alors en une longue explication entre père et fils, entrecoupée par les interventions de Thomas. Ce dernier s’y révèle fin psychologue, sensible et affectueux sous les allures d’un de ces gays stéréotypés tels que les imaginent peut-être encore ceux qui n’ont eu ni le désir ni le loisir de se débarrasser de préjugés confortables. Ce qui aurait pu prendre des allures scabreuses devient une séance émouvante où son père tente de faire admettre à Vincent qu’un jeune homme peut, sans être un monstre, aimer sincèrement une femme et l’épouser pour découvrir ensuite qu’il ne peut envisager de passer sa vie à ses côtés. Ce serait une imposture de le prétendre, et une certaine loyauté consiste à se résoudre à n’être que ce qu’on est. Parce que l’auteur est aussi un optimiste invétéré, nous aurons droit à un authentique coup de théâtre : ce petit cachottier de Vincent finit par annoncer à son géniteur que l’enfant que sa compagne et lui-même attendent, va débarquer incessamment… Un téléphone pend cocassement du plafond dans ce lieu multiple conçu par le couple d’esthètes astucieux que sont Thomas et Claude. Mais c’est le portable de ce dernier, cadeau d’anniversaire ridiculement rose, qui lui annonce la naissance de son petit-fils. La conclusion est un tour de passe-passe très réussi. Première pièce de l’auteur, on sourit à ses quelques invraisemblances , la tentation de tutoyer un coup le mélo, un coup le vaudeville ; ou encore ça et là des répliques laborieusement destinées à détendre l’atmosphère mais qui font pschitt . Ce qu’il y est dit de la fidélité et de l’amour la rend aussi émouvante qu’une certaine Cage aux Folles, à laquelle il serait trop facile de la comparer hâtivement, mais qui est de la même veine. Michel Voletti a la présence et la grande empathie nécessaires au rôle à peine ambigu de Claude. Il y évite tous les pièges du cabotinage dans lequel tombent des acteurs qui ne sont pas de sa force. Frank Delay possède la fantaisie et la jovialité nécessaires au personnage de Thomas. Nicolas Vitiello est un Vincent un peu buté, sale gosse du genre tête à claques au départ, mais de plus en plus crédible il finit par être lumineux. La mise en scène minimaliste et fonctionnelle convient parfaitement à ce petit plateau et à ce lieux chaleureux.
Théâtre Essaïon, dimanche, lundi et mardi à 20h. Réservations : 01 42 78 46 42