24 mars 2007

Le monte-plats, d'Harold Pinter

Mise en scène : Mitch Hooper, avec Anatole de Bodinat et Alexis Victor
Créée en 1960 c’est une pièce politique selon son auteur qui avoue pourtant ne pas l’avoir compris au moment où il l’écrivait. Le patron des deux hommes en planque dans un sous-sol où ils attendent celui qu’ils doivent exécuter ne serait pas un mafieux ordinaire, mais le membre d’une organisation chargée d’éliminer des individus jugés dangereux par un régime totalitaire. D’où le côté grave voulu par Mitch Hooper pour sa mise en scène et la façon dont il dirige ses comédiens. Le décor sommaire est conforme à celui voulu par Pinter, dont il respecte aussi scrupuleusement les indications scéniques que les didascalies. Gus, l’un des tueurs à gages, allie un réel bon sens à une naïveté de minus. Il commence à se poser des questions sur son boulot et moins bien supporter l’autorité de Ben, son collègue de ‘travail’ plus avisé et plus péremptoire que lui, quoique moins loquace. Ce début de rapport de forces accentue sa nervosité, il jappe à la figure de Gus, l’empoigne tout en vérifiant l’état de son arme. Un vacarme signale le démarrage du monte-plats à demi-caché dans la cave de cet ancien restaurant. Des commandes de plats de plus en plus exotiques parviennent sous formes de messages ou d’ordres transmis par un tuyau acoustique . Engagés pour être des exécutants sans états d’âme, ils essaient d’assurer, mais n’ont pas les ingrédients requis. A l’absurdité de la situation s’ajoute la menace des mécaniques dont on ne sait pas qui les actionne. Le loufoque ayant fait un temps diversion et les dialogues comportant de plus en plus de stridences, la mise en scène qui les souligne fait s’étirer le suspense . Coup de théâtre: Ben attend l’homme à abattre qui doit entrer d’un instant à l’autre mais c’est Gus qui apparaît. Ce que jouent les comédiens donne l’impression qu’il s’agit d’un pataquès dû à un manque de coordination des commanditaires. La pièce s’achève sur leur ébahissement. Au public d’apprécier la vraie cruauté de la situation. Alexis Victor est un Ben brusque, râleur à souhait mais dont la sensiblerie transparaît à la lecture de faits divers saugrenus impliquant des vieillards et des enfants. Il est légitimement tendu face à Gus, Anatole de Bodinat qui ne l’est pas moins mais dont l’anxiété est masquée par son ingénuité. Tous deux parlent court, et campent des personnages de film policier, faisant passer au second plan le grotesque de la situation. La traduction signée par des comédiens et le metteur en scène muscle l’action, utilisant un vocabulaire plus violent et vulgaire que celle qui était utilisée jusque là. L’ensemble est un beau travail.
Théâtre Essaïon, à partir du 4 avril, du mercredi au samedi à 20 heures. Réservations : 01 42 78 46 42