11 mars 2007

Meurtres de la princesse juive, d'Armando Llamas

Mise en scène de Philippe Adrien
La princesse en question est absente, c’est peut-être une créature de rêve ayant basculé dans le cauchemar et si aucun meurtre n’est perpétré sur scène ou en coulisses, on n’est pas sans inquiétude en fin de parcours. Qualifiée de planétaire, la comédie se termine sur la vision d’avions traversant l’immense écran du fond de la scène. Ils décollent d’une terre où leurs atterrissages successifs ont ponctué une course-poursuite à l’enjeu et la destination non définis. En quatorze épisodes une trentaine de personnages hauts en couleur ou simples silhouettes, d’origines et nationalités diverses, plus ou moins ‘largués’ ou à l’inverse pétris d’une sagesse étonnante, mais rarement blasés ou résignés ( « j’attends, mais quoi ? » dit l’un d’eux ) se croisent ou se retrouvent dans des lieux multiples. Des décors de films les matérialisent avec humour et réalisme. L’un d’eux, convivial, est un bistrot parisien avec sa faune d’habitués et son patron qui en a vu d’autres; certains sont d’un exotisme alléchant. Ce n’est pas par hasard que les personnages s’y rencontrent. Prenez ces couples de femmes qui règlent leurs comptes en se cognant dessus dans une boite unisexe; avec Serge parti après sa rupture avec son amant retrouver au Pakistan un doux intellectuel en quête de nirvana, elles ont en commun le fait de se réveiller avec la gueule de bois parce que leurs parents à tous ont eu vingt ans en soixante-huit. Serge passe par le lieu obligé de l’aventure: la salle d’embarquement ou d’attente d’un aéroport, lieu des départs ou des arrivées et métaphore d’une existence où on est en transit. Armando Llamas présente une humanité aux repères fluctuants dont le sexe est un des paramètres aussi incontournables que fallacieux. Roger, garçon de café plon plon, marié à une Colette terre-à-terre mais émotive à son heure, l’a laissée dans leur banlieue profonde pour s’envoyer en l’air dans tous les sens du terme, destination Hiroshima via peut-être le Bangladesh, avec Barbara une amerloque qui lui va comme des bretelles à une langouste et dont les jacasseries l’assomment déjà. Etre assommée est ce qui guette une épouse en ‘salwar kamiz’ refusant de se soumettre à la décision inhumaine de son seigneur et maître. Tyrannies des corps, des esprits, des coutumes, du conformisme, pourtant le ton est bouffon avec de la fantaisie et de la loufoquerie à revendre. La mise en scène généreuse utilise des costumes et accessoires multiples, fonctionnels et réconfortants. Les comédiens, polyvalents dans des rôles où ils sont méconnaissables, apparaissent dans des scènes où leur talents respectifs sont étonnants. Ils se déplacent à un rythme soutenu , parlent un anglais, un urdu et un serbo-croate authentifiables, interrompent leurs dialogues pour danser. La cohésion de la troupe est une des qualités majeures de ce spectacle tonique. Le message passe, même s’il débouche sur un constat aussi doux-amer que prévisible .
Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes, mardi, mercredi, vendredi , samedi 20h30, jeudi 19h30, dimanche 16h. Réservations : 01 43 28 36 36
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