26 mars 2007

Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens, de Gérald Garutti

En 1987 le livre de Jean-Léon Beauvois et Robert-Vincent Joule dont Gérald Garutti a tiré la pièce nous avait ravis. Ce n’était pas la traduction d’une analyse sociétale due à un quelconque Américain, mais cette fois des Français ciblaient, définissaient et démontaient de manière imagée et percutante les techniques destinées à nous faire consommer, acquérir des biens ou poser des actes aux conséquences lourdes, à bref ou long terme. Vingt ans après on sait que le prof qui suggère au collégien d’apprendre par cœur un paragraphe pour obtenir une note valorisante, entend le gamin lui répondre qu’il refuse ce genre de manipulation. Quant aux honnêtes gens auxquels le titre fait allusion, tout le monde est dans le coup, une certaine frilosité ayant engendré un désir de bonne conscience : ne sommes-nous pas persuadés d’être plus intègres et plus respectables que la génération précédente? Les manipulations, base des rapports humains ont inspiré à Gérald Garutti ces sketches pour cabaret, pétaradants en cascade, avec parodies de concours télévisés ouverts à tous. Entrelardés d’un discours explicatif qui se hausse un peu au dessus d’une pédagogie de comptoir, ils font se confronter Shakespeare, Molière, Corneille et autres créateurs de personnages monstrueusement assoiffés de pouvoir. Au rayon politique Nixon rejoint Mitterrand, Freud est un passage obligé et Houdin, Knock et Néron sont en ombres chinoises. Eve étant partout, en version originale, en Mata-Hari ou en émule d’Arielle Dombasle. Ils se racontent, se sautent au cou, se séduisent, se défient, tentent de se justifier car tous sont en enfer où vient de les rejoindre l’auteur du traité. Maître des lieux, sardonique, Jean-Claude Dreyfus fait un numéro insensé de meneur de revue sur un rythme forcément endiablé avec tours de prestidigitation, gags et pitreries multi-azimuts. Mais puisque Gérald Garutti s’affiche porte-parole de l’auteur du traité, Satan suggère que toute manipulation peut avoir un côté altruiste ou bénéfique, ce qui laisse augurer que le discours va prendre un tour différent et que des rebondissements se préparent. Ce n’est pourtant pas le cas puisqu’on apprend que Beauvois a été la victime d’une interversion de fiches dans la salle de transit où est attendu le jugement dernier. L’enfer n’est donc pas pour lui et ce coup de théâtre en forme de pirouette clôt l’exercice aléatoire et ici laborieux qui consiste à adapter pour la scène un travail de psychosociologues. Malgré des prodiges d’invention rayon dramaturgie, la réussite n’est jamais garantie. Autour de Jean-Claude Dreyfus ses camarades comédiens, imitant des personnages historiques et dans des rôles de composition, se démènent consciencieusement de manière plutôt réjouissante et font passer un bon moment au public.
Vingtième Théâtre, du mercredi au samedi à 20h, dimanche à 15h.
Réservations : 01 43 66 01 13