31 mars 2007

Place Vendôme, août 1944, d'Alain Houpillart

Mise en scène Martine Coste
L’idée est séduisante, Hemingway rencontrant Coco Chanel à Paris vers cette époque-là pourquoi pas? La vérité est qu’il fréquentait alors les cercles littéraires de la rive gauche dont celui de Gertrude Stein. Cette compatriote exilée volontaire, femme de lettres avisée, lui conseillait de conserver et de travailler son style aussi percutant que dépouillé de journaliste-reporter. L’utilisant dans des récits plus ou moins autobiographiques il allait devenir un écrivain de premier ordre. Notre auteur très documenté sait aussi qu’ un autre membre de la génération américaine « perdue » hantée par le côté absurde et monstrueux de la guerre, le flamboyant Fitzgerald, claquait l’argent de ses romans culte avec sa Zelda au Ritz. Mademoiselle y avait élu domicile ou plutôt refuge ; dans ce monde feutré, surprotégé elle côtoyait les autres célébrités qui avaient accueilli l’occupant avec une certaine résignation. Certains avaient pactisé avec lui. Alain Houpillart ne manque pas de citer ces intellectuels et artistes français dans un des monologues qui, mis bout à bout, composent essentiellement sa pièce. Première séquence Hemingway en tenue de combattant et dans le feu de l’action se retrouve dans la chambre attitrée d’une Coco hiératique trônant sur son sofa. A la deux, les échanges de propos révèlent ce qui sépare la créatrice de mode adulée mais compromise avec les puissants, du baroudeur, ce rustre braillard, vantard et aviné. A la trois, ils évoquent leurs carrières respectives, pour énumérer à la quatre ce qu’ils partagent en tant que créateurs innovants ou dérangeants. La scène suivante leur fait avouer qu’ils sont tous les deux en manque d’inspiration. La six leur fait rechercher dans le passé et l’enfance les causes de cette panne. Sept: ils se réconfortent mutuellement. Huit: ils se proposent de s’entraider, de faire face et de redémarrer leur carrière. Neuf : mais ce sont des artistes, ce qui explique et justifie tout, longue vie à eux! Rétrospectives et descriptions interminables alternent avec des dialogues fonctionnels sans enjeux. Quand les protagonistes prennent la parole ils se racontent, le tout devient vite pesant. La mise en scène statique de cette pièce très écrite piège également les comédiens. Sophie Leclerq est une Chanel aussi péremptoire que l’était Coco, mais dépourvue de ce charme ou de ce savoir faire qui envoûtait modèles, clients et amants. Mais c’est Jean-Marc Foissac qui a la tâche la plus ingrate ; son rôle consiste en une suite complaisante de bavardages. On aimerait le revoir en Tartarin ou en Cyrano, sa fine pointe d’accent et son abattage feraient alors merveille. Il semble que ce soit la première pièce de l’auteur et peut-être la première réalisation de la metteur en scène; est-ce suffisant pour ne pas leur en vouloir ?
Les Déchargeurs, du mardi au samedi à 20h15. Réservations : 0 892 70 12 28