27 mars 2007

Tchekhov a dit adieu à Tolstoï, de Miro Gavran

Mise en scène de Marie-France Lahore
Prendre des écrivains parmi les plus grands de leur époque et imaginer leur rencontre a souvent tenté les dramaturges et donné des pièces plus qu’intéressantes. Miro Gavran fait plus fort. Tchekhov et Tolstoï se connaissaient effectivement mais inventant un séjour du jeune dramaturge chez le montre sacré de la littérature russe, il concocte une confrontation ahurissante, sorte de farce avec vodka et épanchements consécutifs, verre cassé, personnages qui montent sur la table, s’engueulent, braillent, houspillent leurs femmes pour éventuellement se réconcilier avec elles. Avec une manipulation en prime : son Tolstoï a décidé de convier les époux Tchekhov à un week-end dans la datcha qu’il occupe avec sa femme Sophia dans le but de faire écrire par Anton un ouvrage relatant les conversations qu’ auront les deux hommes de lettres. Le séjour risquant de se prolonger si tel est le désir du maître. Naturellement, et en cela le portrait qu’en fait Gavran est parfaitement conforme à ce que l’on sait de lui. Léon Tolstoï, imbu de lui-même et au somment de sa gloire ne songe qu’à utiliser le talent de Tchekhov pour s’auto-célébrer une fois de plus, quitte à lui dicter ce qui ira dans ce sens. Tchekhov à court d’argent accepte. Mais la présence et les personnalités de leurs femmes font prendre un tour rocambolesque à l’aventure. Sophia Tolstoï dont le mari est un affreux machiste capable de lui faire des scènes de ménage devant ses invités avec allusions odieuses à sa mère qui aurait fini ses jours dans une maison close fait des avances répétées à un Tchekhov réticent. Tolstoï qui les a plus ou moins surpris en fait de même lorsqu’il se retrouve avec la sémillante Olga Tchekhov qui le repousse également. Cependant que Sofia essaie d’embringuer Olga dans une aventure littéraire proche de celle de leurs conjoints, à ceci près qu’il s’agirait pour elles de régler certains comptes avec ces messieurs. La suite est hilarante, vodka aidant, la verve et l’imagination débridée de Gavran faisant le reste. On frôle la catastrophe, puis le week-end passé, Anton et Olga Tchekhov ayant battu en retraite, Tolstoï dont la mauvaise foi et la vanité ont atteint des sommets se met à chercher un nouveau pigeon prêt à chanter ses louanges sous couleur de transcrire ses propos. Si les caractères des deux personnages principaux sont conformes aux témoignages de leurs contemporains, l’auteur de ce divertissement a quelque peu forcé le trait en rendant son Tolstoï pontifiant plus imbuvable que nature, tandis que son Tchekhov est moins original et peut-être moins touchant que n’était le vrai. Mais c’est torché, funambulesque. Face à un Jean-Claude Drouot grandiloquent et pléthorique les comédiens assurent avec panache. Marie-France Santon est une Sophia haute en couleurs et grande gueule à souhait. En Olga Tchekhov, Camille Cottin est piquante. Vincent Primault est un Tchekhov perplexe et en finesse. Quant aux interventions du domestique quasiment muet, elles sont drolatiques .
Théâtre Silvia Monfort, mardi, jeudi, vendredi, samedi à 20h30, mercredi à 19h, dimanche à 16h. Réservations 01 56 08 33 88