17 mars 2007

Une petite douleur, de Harold Pinter

Pinter dit être particulièrement attaché à cette œuvre, l’une de ses premières, qui était « toute prête en lui » quand la BBC lui en fit la commande. Montée au théâtre elle acquiert une dimension nouvelle puisque le personnage dont la rencontre fera prendre un tour inattendu à l’existence du couple, étant muet, n’existe sur scène que grâce à sa présence, ses gestes ou ses expressions. L’intrigue est mince : par une radieuse matinée de juin Flora et Edouard, couple d’âge mûr, prennent le petit déjeuner dans leur jardin, il lit son journal , elle s’extasie sur les massifs en fleurs, lui n’écoute qu’à moitié. Une guêpe dans le pot de confiture qu’on écrase et la menace assortie de l’idée de la mort encourue ou donnée caractéristique de Pinter est là. Quant au colporteur, ce marchand d’allumettes qui se poste régulièrement au bas de leur jardin depuis deux mois, que fait-il là et que veut-il ? Flora l’invite à entrer dans le bureau de son mari. En tête à tête, Edouard lui raconte complaisamment des épisodes de sa propre existence, puis devant son mutisme persistant bat en retraite. Flora tente à son tour de confesser le personnage énigmatique et peu ragoûtant; le maternant presque, elle en vient à le cajoler. Edouard réapparaît, fait sortir sa femme de la pièce et s’adresse une fois encore à celui qu’elle vient de baptiser Barnabé. L’homme se met à rire puis à pleurer. Geignard, Edouard se trouble, balbutie, se laisse glisser à terre et finit par chuchoter. Flora ré-intervenant remet à son époux la corbeille du marchand avec lequel elle sort, main dans la main. L’incohérence apparente des répliques, la cocasserie des monologues où Flora et Edouard s’épanchent, alignant des fragments révélateurs de leurs existences respectives a contribué à l’engouement du public pour la pièce. Dans la mise en scène de Claudia Morin qui interprète également le rôle de Flora, c’est Alain Roland le marchand au jeu désopilant qui tient tout à bout de bras. Même lorsqu’elle fait à son ‘protégé’ des confidences aussi troublantes que les questions qu’elle lui pose, Flora reste cantonnée à son rôle d’épouse venue à la rescousse d’un mari dépassé par les évènements. Elle ne montre aucun vrai désir de remettre quoi que ce soit en question. Edouard, anglais moyen amateur de cricket , joué par Jean-Gabriel Nordmann, est moins stéréotypé que ses discours ne nous le laissent entendre. Disert, aimable, il s’écoute parler et ne semble pas s’intéresser à l’étranger. Quand il injurie sa femme, il n’est pas ici en proie à cette petite rage sourde que le texte suggère. Son désarroi final non préparé, on se demande si, n’ayant jamais eu la tentation de régler ses comptes conjugaux par personne interposée, tout ceci le concerne vraiment. Ce qui ressemble plus à un parti pris qu’à une relecture respecte les didascalies minutieuses de Pinter. Ses fameux temps ou silences sont rendus par des noirs en saccades. L’équipe responsable du décor, de la scénographie, des costumes et des lumières n’a rien chargé, pourtant l’ensemble laisse perplexe.
Théâtre Mouffetard, du mercredi au samedi à 21h, dimanche à 15h.
Réservations : 01 43 31 11 99