13 avril 2007

Colt Warmers, avec Marc Wolters

Colt Warmers, un guet-apens musical en couleur, avec Marc Wolters
On est incapable de repérer et d’identifier ce que le cambrioleur gentlemanesque et élucubrant, au couvre chef de loubard, ce bandit d’ex-grands chemins, ou de libertaire à la Bruant, a emmagasiné dans ce qu’il nomme son antre. Une sirène d’alarme confisque le public, il fait irruption. Grimace de grand méchant loup-qui s’y frotte s’y piquerait, mais c’est pour rire. La scène est une cave raisonnablement sombre, du plafond pend une gigantesque ampoule ; les quelques accessoires qu’il y a entreposés lui donnent l’air désinvolte d’un débarras provisoire. Et puis il s’installe au piano, dit, chante que Colt Warmers est son nom de code dans une organisation peut-être subversive ou secrète, de toutes façons, il a aux trousses un certain commissaire Alfred Morose (il s’amusera à faire rimer rose et morose), et puis il est agent double. Il nous fait les honneurs de sa planque, mais le mot sanctuaire est en embuscade dans la chanson d’après . Son langage est savoureux, drolatique, étrange, exotique. Les mots trimballent en douce leur histoire, il les laisse délirer et entrer dans des combinaisons étonnantes. Sa voix chaude, ample, fait des vagues ; au piano les mélodies se soulèvent, les textes prennent des allures de ballades. Son univers baroque est foisonnant. Il va vers le public, veut lui faire cadeau d’une certaine chaussette qu’il aime tendrement. « T’aurais pas vu mon chien ? » Pas de chance « il est mort, mon bouledogue ». On compatit. Le lascar est un vrai bon comédien aux mimiques désarmantes, clownesques ; rien à voir avec les pitreries racoleuses de certains collègues. Il fait des remarques faussement saugrenues: « les mères sont juste des femmes qui ont eu des enfants ». Détour par des considérations qui le feraient prendre pour un bougon : « j’aimerais qu’on m’accable, je ne suis pas aimable ». C’est qu’il n’est ni béni-oui-oui ni gnan-gnan, même quand ils nous engage à aller trouver les gens qui sont seuls dans leur coin .Sa liberté de ton et une étrangeté de bon aloi le font risquer des proverbes : « tel père tel doigt ». On se dit qu’il n’est pas que l’héritier des surréalistes, qu’il ne ressemble pas vraiment à Alphonse Allais et puis on ne se dit plus rien, on est emballé, le traquenard a fonctionné. « Le reste attendra, mais la fin n’attendra pas », « demain n’est qu’un choix », « mettons un pied à terre », « partageons nos émois ». La cachette dans laquelle il nous a tenus une trop petite heure et quelque, n’était pas la caverne d’Ali Baba mais celle de Prospéro.
Le Funambule, avril : les lundi, mardi et mercredi à 21h30 ; mai-juin : les jeudi, vendredi, samedi à 20h. Réservations : 01 42 23 88 83