11 avril 2007

Désillusions parlementaires, de Nathalie Detrois

Mise en scène Philippe Brigaud
Le titre est explicite, l’auteur n’y va pas par quatre chemins, et la mise en scène non plus. Elle fait figurer un buste en plâtre de Marianne au dessus d’une table affreusement banale autour de laquelle l’homme finit de s’habiller, s’apprêtant à vivre une journée qu’on comprend être celle d’un battant. Cet Alexandre Fardel déguste son bonheur d’avoir été élu député il y a une petite semaine. Le thriller psychologique se met en place très vite quand débarque une éclatante jeune femme en tailleur rouge, sage chignon blond, à le beauté de vamp; elle lui signifie qu’il va falloir payer les services rendus. Sophie Schulmeister-Karolus est la petite amie de l’élu et sa conseillère en communication sans laquelle le succès n’aurait pas été envisageable, clame-t-elle. Elle exige maintenant qu’il lui montre sa gratitude en signant et soutenant à l’Assemblée un dossier concernant un remaniement du plan d’occupation des sols, le fameux P.O.S., qui favorisera ceux qu’elle nomme ses commanditaires . Elle avoue vite qu’ils ont des liens avec certaines mafias d’affaires. S’il refuse, elle se présentera ce matin même à la police et le fera accuser de viol ; elle connaît la marche à suivre, et sait parfaitement comment s’y prendre pour ruiner sa carrière. Au fur et à mesure de la conversation, les illusions d’ Alexandre s’écroulent quand la traîtresse qui lui a tout appris et l’a coaché impeccablement révèle ce double-jeu ; il ne l’en aurait jamais soupçonnée capable même si, de fait, elle a plus l’air d’une dame de fer que d’une collaboratrice énamourée. Des flashbacks astucieux sont des pauses en forme de scènes tendres entre lui et elle qui le booste mais s’est piquée au vif, parce qu’elle lui reconnaît des qualités et des talents authentiques. L’attrait physique existe aussi, lié à leur rapport de forces. Le huis clos est rondement mené, le spectateur n’a pas eu le temps de se lasser de leurs récapitulations, de leurs assauts d’arguments, de leurs éclats de voix ou débuts d’empoignade, quand tout bascule. Voyant qu’elle n’a pas gagné la partie, Sophie se plaint d’être poursuivie et recherchée par ceux avec qui elle a eu partie liée et qui veulent la supprimer à son tour. Ultime retournement de situation qui amène un dénouement auquel on a fini par se préparer, la progression dramatique étant, elle, très honnête malgré quelques invraisemblances. Les dialogues sont efficaces et percutants, les personnages bien cernés et crédibles. Infiniment sympathique Pierre Deny a le physique classique du « gendre idéal ». Son jeu nuancé rend intéressant son personnage face à Stéphanie Lanier de plus en plus tendue, et qui abandonne sa morgue, son ton suffisant , menton en avant et sourire goguenard, pour, criarde, friser l’hystérie. La mise en scène est rapide, nerveuse, musclée. Tout fonctionne, un poil trop bien peut-être.
Théâtre Essaïon, jusqu’au 5 juin, lundi et mardi à 21h30. Réservations : 01 42 78 46 42