27 avril 2007

Le Mandat, de Nikolaï Erdman

Mise en scène : Stéphane Douret
Les Slaves ont toujours été capables de supporter des évènements déstabilisants aux conséquences tragiques, de voir leurs conditions de vie subir des transformations prodigieuses, et cependant de faire le gros. On les dit fatalistes ; ils ont peut-être des préoccupations plus métaphysiques mais surtout un humour ébouriffant qui ne doit pas forcément tout à la sainte vodka. Erdman s’inscrit dans cette tradition et il serait dommage de récupérer sa pièce pour en faire d’abord une dénonciation de l’inhumanité du régime soviétique des années 1920. Au moment où il écrivait ce Mandat l’auteur ne savait certes pas qu’une dizaine d’années plus tard le pouvoir l’exilerait, l’assignerait à résidence et le contraindrait enfin à ne rien faire paraître jusqu’à sa mort. Il est vrai qu’il avait récidivé, et qu’au Mandat avait succédé Le suicidé, pièce infiniment plus drôle et plus subversive où sa propre mort, programmée par un homme déboussolé, devenait un acte héroïque et un « signal fort » pour que s’organise une résistance. Le mandat, un papier d’un rouge parfait brandi par un sympathique jeune homme, est le brevet de soviétisme qui lui servira de sauf-conduit, d’accès à la respectabilité et de passeport pour la réussite. On ne sera pas plus surpris que cela d’apprendre que c’est un faux et qu’il l’a fabriqué, une fois la pantalonnade terminée. Deux heures durant elle fait défiler un microcosme de personnages gesticulant, râlant, dansottant au milieu d’un entassement de bagages. Dans l’un d’eux certains seront conviés à se planquer pour en rejaillir à la stupeur générale et jouir de la déconfiture des moins malins. Des épisodes de plus en plus loufoques et vaudevillesques se succèdent, avec identités usurpées, méprises et rodomontades de gros bras bien sûr confondus à l’arrivée . Nadiejda est une commerçante ruinée sept ans auparavant par la révolution. « Mais quand reviendront les temps anciens ? » se lamente-t-elle, puis enchaîne « Seigneur, tu es mon ultime protecteur ! » et répéte « Mais c’est quoi cette vie ? » Avec son fils Pavloucha, et sa fille Varia Elle habite un appartement collectif mais elle a gardé sa jeune cuisinière Nastia. Leur voisin, envahissant et bavard, a des convictions et des motivations difficiles à cerner. La mère de famille veut marier sa Varia au fils d’un propriétaire tsariste, mais celui-ci tient à faire participer à la noce un partisan du régime. A Nadiejda de se débrouiller pour que cette condition sine qua non soit respectée . Sur ces entrefaites débarque une ancienne cliente qui conserve dans un coffre une robe ayant appartenu à une fille du tsar. La cuisinière qui l’a revêtue sera prise pour la princesse et on n’a aucun mal à deviner les cascades de quiproquos à venir. Mais le plus grand intérêt et la vraie originalité de ce spectacle est la part qu’y prennent les cinq musiciens parfaits du groupe Pad Brapad Moujika. Dans un décor à transformations mitonné avec amour et des costumes rehaussés par des motifs séduisants comme le sont ceux de toute la troupe, ils tapent le carton dans leur coin ou alors deviennent de vrais partenaires aux réparties aussi réjouissantes que les airs qu’ils interprètent. Les comédiens en font beaucoup, ça braille et cavalcade, ça tourbillonne sur un sol jonché de confettis ressemblant à de la neige. Le public qui a compris que le parti-pris est celui de la farce a pourtant un peu de mal à suivre et à reprendre son souffle.

Théâtre 13, mardi, mercredi, vendredi à 20h30, jeudi et samedi à 19h30, dimanche à 15h30. Réservations : 01 45 88 62 22