05 avril 2007

Le médecin malgré lui, de Molière

Eclats baroques - festival de théâtre baroque
Le médecin malgré lui, de Molière
Dans le foyer de ce théâtre à la fois somptueux et chaleureux une présentation à base de documents et d’illustrations témoigne de ce que fut l’art baroque au théâtre. La Fabrique à théâtre avec à sa tête Jean-Denis Monory y est à pied d’œuvre pour deux mois festifs, quatorze spectacles, cent représentations, des ateliers de formation, des conférences, bref un festival singulier. La pièce de Molière donne le coup d’envoi. Martine, épouse de Sganarelle, histoire de se venger de la façon dont son mari la maltraite, le fait passer pour médecin au yeux d’un riche bourgeois dont la fille est devenue subitement muette. Sganarelle comprend qu’elle simule le mutisme pour éviter un mariage qui lui déplait et amener son Géronte de père à la laisser épouser Dorante qu’elle aime et qui l’aime. Déguisé en apothicaire, promu assistant de Sganarelle, il peut alors l’approcher. Succès de la manigance du faux médecin qui rôle constamment la disgrâce, voire pire, et ne s’en tire que grâce au deus ex machina , ou à la volonté de Molière qui en avait peut-être assez de ses pitreries . Du moins c’est l’impression que donne cette version de la pièce, tant la technique de jeu baroque et la gestuelle systématique bannissent toute spontanéité et privilégient la forme par rapport à ce qu’on n’ose même plus appeler le fond. Les personnages, frétillant et tressautant, sont affligés de tics « à la de Funès », leurs gestes évoquent la langue des sourds ou ces danses indiennes saccadées où le moindre clignement d’yeux délivrer un message codé. Le spectateur s’imagine dans la peau de ces gens qui, au 19° siècle, allaient en famille se divertir à la vue des ‘fous’ enfermés dans ce qui ressemblait à des cages de zoo. Ou encore dans celle d’un entomologiste observant des grouillements de bestioles frénétiques. Quoique authentique, la déclamation avec ses ‘r’ forcément roulés et ses finales outrageusement sonores rajoute des accents toniques aux mots. Prétextes à vocalises truculentes mais douteuses, c’est lassant . Gloussements, hululements et récitatifs pour voix de fausset, parodies de coups de bâtons héritées de guignol, on guette l’émotion. Elle ne sera guère au rendez-vous avant que les comédiens ne se mettent à chanter, car ce sont d’excellents chanteurs, accompagnés au théorbe et à la viole de gambe par deux musiciens installés sur la scène, comme il se doit, qui jouent Lully superbement. On s’évade enfin d’un univers formaté et pesant. Sganarelle, assommant camelot de foire, y est une sorte d’obsédé qui, après avoir battu sa femme, regarde une certaine nourrice avec une telle concupiscence qu’on se demande si Martine et lui ne constituent pas un couple sado-maso. L’utilisation ponctuelle voire outrancière d’une technique grandiloquente cause des dégâts. Pourtant les décors faits de simples panneaux coulissants sont peints de manière exquise, les lumières style chandelles et la virtuosité d’automate des comédiens forcent l’admiration. Mais jouant le spectacle de manière frontale et invariablement face au public ils rendent tout échange impossible. Un bon DVD de cette pièce suffit probablement à garantir un vrai plaisir.
Théâtre du Ranelagh, jusqu’au 3 juin.
Calendrier des spectacles, dates et réservations : 01 42 88 64 44