19 avril 2007

Talking Heads, d'Alan Bennett

Mise en scène : Judith Burnett et Jodi Forrest
C’est une initiative plaisante que celle du théâtre des Déchargeurs qui, jusqu’au 30 juin, programme en alternance et par fournées de deux ou trois dans la petite cave accueillante qu’est la salle Vicky Messica, sept monologues choisis parmi les fameux Talking Heads d’Alan Bennett. On sait qu’ils ont contribué à faire de lui un auteur joué partout dans le monde. On se souvient aussi que ces ‘petites formes’ furent écrites pour la radio, ce qui est le cas d’une des toutes premières pièces d’Harold Pinter , cette Petite douleur si insolemment étrange qui fut au départ de son succès. Bennett est de quatre ans le cadet de Pinter et le microcosme qu’il met en scène ressemble forcément à celui de son aîné ; à ceci près que ses personnages, dont il nous fait pressentir qu’ils sont floués dès le départ, croient comprendre ce qui leur arrive. Ce sont des gens à la position modeste, menacés par des profiteurs ou des arnaqueurs. Chez eux les secrets de famille et les crimes cachés sont monnaie courante, la maladie et la mort, non pas les leurs, mais celles de proches, sont en coulisses. Certains, fatigués de s’être pliés à toutes sortes de règles et d’avoir vécu sous le joug d’innombrables conventions, imaginent pouvoir oublier les autres et « s’occuper d’eux-mêmes, enfin » comme ils disent . L’univers de Bennett illustre ces British toutes générations récentes confondues, leurs idées, phantasmes, modes de vie, tics ou addictions, leurs côtés attendrissants ou agaçants. Mais l’humour qui reste leur seconde nature, consiste en ce qu’au départ il s’agit d’une blague irrésistible lancée par un personnage perplexe haussant les sourcils et plissant le front . Dans A Chip in the Sugar Nicholas Calderbank est assis, en pantoufles, tasse de thé à la main : il raconte l’aventure de sa mère, soixante et onze ans, avec laquelle il vit depuis toujours ; l’ancien soupirant de celle-ci a refait surface mais il a réussi à l’éliminer. Dans Her Big Chance Sharon Mann est une gracieuse starlette à la Marilyn des débuts, décidée à « percer », mais qui fait mine de ne pas comprendre que le film qu’elle tourne est porno. Sur la minuscule scène accueillante qui leur convient parfaitement, chacun joue sa petite partition avec un naturel parfait sur le ton d’une conversation parfois débridée. Donnés dans leur langue originale selon une mise en scène forcément rigoureuse, ces Talking Heads dont le titre français est « Le moulin à paroles » devraient séduire les « natives », anglophones résidant à Paris , mais aussi les étudiants en anglais, même ceux qui ne sont pas sûrs de comprendre entièrement ce que disent les comédiens. Qu’ils se rassurent leur jeu est infiniment éloquent.
Les Déchargeurs, voir la programmation hebdomadaire, du mardi au samedi à 20h. Réservations : 08 92 70 12 28