06 avril 2007

Touche, de CarloTolazzi et Fabio Alessandrini

Mise en scène Christophe Lemaître, avec Fabio Alessandrini jeu et Matias Marcitar musique.
S’il n’y avait pas ce musicien qui joue un air profond et troublant au saxophone, on imaginerait volontiers que l’homme face à nous, habillé bien comme il faut, est ce cousin éloigné, certainement latin, dont on connaissait l’existence, qui a acquis une notoriété dans le domaine sportif . Le voici, affable, prêt à nous faire part de son expérience. Cela commence par ses souvenirs d’enfance ; il dit comment fasciné par un ballon, « le ballon goguenard du destin » il a fait ses tout premiers pas pour s’en emparer. Amusé, il s’attendrit presque à cette évocation. Comme encouragé par son auditoire, il se lance dans un récit circonstancié et d’abord pittoresque de ce qu’on appellerait le roman d’amour d’un adolescent pour le sport, si l’engrenage qui l’attend n’était déjà évident. Footballeur junior il voyage, gagne de l’argent, devient une petite vedette locale. Il décrit l’entraînement, l’avant et l’après match forcément cocasses, et comme incidemment, fait allusion aux trucages classiques qui font gagner un camp « mais c’était prévu comme ça ». Puis ce sont les magouilles, compromissions et déviances des entraîneurs, présidents de clubs, et de leurs alliés complices que sont les politiciens. Il cite et nomme ses camarades et émules, refait leur parcours. Il est à la fois celui qui raconte, qui se raconte et qui est raconté. Le musicien commente gravement le tout sur son instrument puis se mêle à la partie, le rejoint sur le plateau et de confident devient acolyte et partenaire. Le comédien ouvre son sac de sport et déverse sur une table une cinquantaine de boîtes de cachets ou pilules, commente l’effet à court et long terme de ces dopants, tranquillisants et anti-tout. Encyclopédique quand il décrit cette pharmacopée fatale aux futurs dieux du stade, il précise « ça vient du cyclisme ». Bouche ouverte, prêt à se décrocher la mâchoire, il joue ensuite la déchéance des anciens dopés guettés par l’infarctus et la leucémie, entre autres. Les lumières ont baissé. Ce ‘cousin’ n’est ni naïf ni vantard, ni hâbleur, mais c’est un comédien à l’autorité et à l’agilité étonnantes. Volubile et empathique, possédé par son sujet, il se démène, commente un match de façon ébouriffante, interpelle l’assistance, mouille la chemise. Mais son épopée dérisoire et pathétique repose sur les récits qu’il a retranscrits de ceux qui ont bien voulu parler. Co-auteur de ce texte savoureux et poignant, il n’a jamais la maladresse de juger les jeunes gens pleins de joie et d’appétit de vivre qui envisagent avec enthousiasme le sport comme une activité noble et enrichissante et à laquelle ils sont prêts à tout sacrifier. Il est bien trop malin, bien trop sensible et intelligent pour ça. Et puis ça se passe en Italie, à Milan. N’empêche : « le but est la mort de tout ». Ce spectacle devrait être mis au programme des écoles et remboursé aux parents par la Sécu. Courez-y.
Le Lucernaire, jusqu’au 12 mai, du mardi au samedi à 19 heures.
Réservations : 01 45 44 57 34