25 avril 2007

Willy Protagoras enfermé dans les toilettes, de Wadji Mouawad

Willy Protagoras enfermé dans les toilettes, de Wajdi Mouawad et Magali Léris
Deux très jeunes gens ont décidé de s’émanciper et de quitter parents et foyer. Le frère c’est Willy, la sœur Nelly. On notera que si l’auteur Wajdi Mouawad est né au Liban, il a grandi au Canada et que la locution anglaise ‘willy-nilly’ est rendue chez nous par ‘ bon gré mal gré ‘ ou même ‘ au hasard ‘. Quant à Protagoras, leur patronyme, c’est celui du philosophe grec à qui on doit une fameuse théorie relativiste. Selon lui l’homme constitue la mesure d’un univers d’où toute justice est exclue, et où il ne maîtrise donc rien . Voilà pour un contexte ou un début de piste de réflexion. Les Protagoras, compatissant au malheur des membres d’une communauté différente de la leur, peu importe laquelle, partagent avec les Philisti-Ralestine leur appartement, lequel ne possède qu’une seule fenêtre donnant sur la mer. Voilà pour vos Philistins, votre Bible, votre Palestine et vos rivages levantins, avec conflits larvés ou pas. Les Protagoras sont de vrais naïfs et leurs squatters ne veulent plus décamper. Willy, garçon apparemment perturbé, s’est enfermé dans les toilettes communes. Il s’y triture les méninges cherchant les raisons qui l’ont amené à cette décision, et incrimine cette cohabitation . Ses propos de garçon de dix-sept ans forcément révolté, aux vrais accents rimbaldiens parfois , restent le plus souvent fumeux. Les parents dépassés le supplient de sortir et cherchent l’astuce qui l’attirera au dehors. Peine perdue, ça tourne en rond. Des voisins assez sots cancanent. Protagoras-père et Philisti-Ralestine-père se mettent à ressembler à des grands singes se chapardant leurs femelles ou leur butin. Ils se réconcilient pour jouer un tour de cochon au notaire en cravate qui habite à côté et veut régler leurs différends. Car ce raseur, aussi prétentieux qu’envahissant s’incruste lui aussi. Il va chasser les intrus, il sait comment faire ;et patati et patata il bavasse, on se remet à tourner en rond. Le notaire est de plus en plus enquiquinant. Le sale gamin libérera-t-il cet endroit stratégiquement hygiénique ? Des suicides et des accidents climatiques amputent bientôt les deux familles de certains de leurs membres mais on ne s’appesantit pas. Tout se remet à tourner comme avant. Willy a-t-il décidé de… ? les Philisti-machins acceptent-ils… ? Le chœur des voisins-fantoches commentent à tort et à travers. Finalement une lettre de Nelly informe son frère que le monde extérieur qu’elle était récemment partie découvrir n’est pas un lieu confortable et qu’il a bien raison de rester au logis. Mais une Marguerite Coteaux, produit de l’imagination et des fantasmes de Willy, s‘est matérialisée dans les WC sous les traits d’une grande bringue en costume pour meneuse de revue. Elle l’encourage à re-chevaucher sa révolte universelle, symbolique, emblématique… d’artiste ! Ah oui, parce que Willy veut faire dans la peinture. Il finit par se dissoudre dans le paysage, après avoir poussé son cri. Sur scène ils sont dix-huit comédiens, certains véritablement funambulesques, d’autres se livrant à des simagrées. La scénographie astucieuse est minimaliste et la mise en scène privilégie truculence et bonne humeur. Pléthorique, mais hésitant entre réalisme et fantaisie, elle tente de rendre convaincant ce fourre-tout ambitieux, et réussit à en faire quelque chose de plutôt sympathique.
Théâtre des Quartiers d’Ivry, mardi, mercredi, vendredi et samedi à 20h, jeudi à 19h, dimanche à 16h . Réservations : 01 43 90 11 11