27 mai 2007

Aux larmes citoyens, de Raymond Acquaviva

Aux larmes citoyens, spectacle poético-satirique (1914-1940)
mis en scène par Raymond Acquaviva
Ce spectacle a une histoire que Raymond Acquaviva, son metteur en scène, raconte volontiers. Sachez qu’il est aussi directeur du Sudden « pôle culturel » pour Montmartrois et autres, même si cette formule un peu ronflante est vaguement cuistre. En 1976 il a joué à la Comédie Française, sa maison d’alors, un spectacle monté par Jacques Destoop dans le même esprit mais à la trame et au titre différents. Le souvenir qu’il en a gardé est tel qu’il a voulu le remonter, non pas pour raviver les mémoires des fils et filles des protagonistes ou des témoins forcés des deux guerres mondiales, mais pour dire à leurs petits et arrières petits-enfants que « si la jeunesse a été le sang de la guerre, elle est aussi notre espoir pour demain ». Un accordéon « piano du pauvre » ou pas, nostalgique, langoureux, gouailleur, mais surtout parigot, accompagne ce montage de textes qui n’a rien à voir avec ces exercices de style bâclés, anecdotiques, pièces (mal) montées à la mode récemment encore. Cinq femmes et leurs camarades hommes servent avec rectitude et tendresse Péguy, Claudel, Apollinaire, Dorgelès, Jules Romain, Queneau, Aragon, Tardieu, Camus, mais aussi Obaldia et Bernard Dimey. Cœurs, corps et âmes mobilisés, ils disent la guerre, la lassitude des tranchées, le décalage inouï d’avec la réalité que représentent les permissions, mais aussi la mort évitée et la mort à venir, tout cela à coup de poèmes, chansons ou airs pour cabaret. A l’inévitable « j’en ai ma claque » (du conflit, de ce qui va avec) fait écho l’inquiétude: « vous croyez que la guerre va durer longtemps ? ». Minutie de la mise en scène et des évolutions, diction excellente des jeunes gens . La démarche aurait pu virer au pathos : soit un très court épisode où tous exhibant des étoiles de David et des triangles roses nous replonge dans une horreur indicible que l’on ne connaît que trop. Il et insoutenable, mais joué avec la pudeur qui convient. Images superbes comme celle de cette femme hissée symboliquement dans les cintres et dont l’immense manteau redescend sur la scène qu’elle illumine. Déguisements fous, mini-ballets, lumières sidérantes, la ballade douce-amère est tonique, drôle et surréaliste quand il le faut . On aime cette fidélité aux engagements et au souvenir de celui qui nous propose un tel spectacle. C’est un must.
Sudden Théâtre, tous les mardis de juin à 21 heures. Réservations : 01 42 62 35 00