12 mai 2007

Ermen, titre provisoire, de Pascal Tokatlian

Ermen, titre provisoire, de et par Pascal Tokatlian
Le terme provisoire fait judicieusement écho à la démarche de Pascal Tokatlian, et ce sous-titre devient touchant quand on comprend que le comédien-auteur se situe à mi-chemin d’un parcours qui le fascine. Ses premiers mots sont : « Je suis Arménien… » suivis un quart de fraction de seconde plus tard (à peine décelable) par «… d’origine ». Il fait aussi référence à des ascendances italiennes et un tel ‘métissage’l’intrigue. Héritier d’exils, d’errances involontaires ou pas, il est le descendant de ceux qui furent marqués au front, parqués, déportés, décrétés « hors-normes » par des visionnaires opportunistes ou de simples détraqués. Il est difficile de se réapproprier un passé quand on ne peut plus partager la conscience de ceux qui se sont tus après avoir vécu tout cela. Pascal Tokatlian fait appel au témoignage d’Aram Andonian, lui-même déporté dans les années 1915 . Les dates tombent. Les récits s’imbriquent. Celui de la jeunesse de l’auteur débute par l’apparition sur un écran d’une vieille dame avenante et bien droite face à la caméra; muette, elle ne parlera qu’à la toute fin interviewée par son petit-fils. Gaguik Mouradian interrompt la narration en jouant des mélodies sur son tamantcha, ce cousin d’autres instruments à cordes de l’ancienne Asie mineure. Il prend aussi la parole dans sa langue maternelle. Le ton du comédien est un peu haletant, il court d’un bout de la scène à l’autre, ne cesse de déplacer la table, les chaises et les modestes panneaux du fond, suggérant l’exode, l’exil. Les dates se font implacables, comme le sont les descriptions des déportations. Pillards, convois, enfants abandonnés par leurs parents, hommes et femmes nus, affamés qui avalent la soupe versée dans leurs chaussures, seuls récipients qu’ils aient et puis ces enchevêtrements de morts et de vivants, l’amoncellement des cadavres livrés aux chiens et aux oiseaux de proie. Puis c’est la France et la maison des grands parents de Pascal Tokatlian, une histoire de trésor découvert par un membre de la famille et d’une bague superbe : cela ressemble à un conte. Il y a encore une séquence évoquant son père qui chante le flamenco, « plus tard j’ai compris le flamenco de mon père », commente t-il. C’est la fin .Sur l’écran la vieille dame s’anime : « Si tu veux chanter, chante… » elle sourit et s’exécute. Tout est provisoirement dit, Pascal reprend : « Je suis Arménien… » un peu laborieusement, comme s’il débutait une de ces rédactions à l’école d’autrefois. Il est dans la même posture qu’au début. Mais il nous a beaucoup remués.
Théâtre de l’Aquarium, Cartoucherie de Vincennes, du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 16h. Réservations : 01 43 74 99 61